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bouhamidimohamed

La licorne de Troie : pédophilie et théorie queer (par Dr. Em)

1 Août 2022 , Rédigé par Dr. Em Publié dans #Etat et citoyens, #Les crises, #Psychanalyse

Avertissement. La source de ce texte Le Partage ne précise pas le nom complet du Dr. Em ni celui  du traducteur. Il m'a semblé pourtant utile de proposer la lecture de ce texte pour indiquer quelques,  ou intéresser aux, racines de cette idéologie LGTBQ ou Queer qui semble sans lien tangible avec des théories sociales plutôt fantasme-post-luttes de classes que post-modernes. 

J'ai lu ce texte pour débroussailler un peu le terrain de cette question précise du genre, alors que le travail de Foucault m'apparaissait essentiellement sous l'angle de la dissolution de la logique des "réalités sociales" celle des classes et des luttes de classe comme "concrets de pensée"  au profit d'une affirmation d'un pouvoir du discours ( l'Autre et la culture) à effacer les choses pour instaurer la domination sur les corps et sur le Désir. 

Cet avertissement ne cherche pas à "prémunir"  votre lecture mais à dire que ma propre curiosité désarmée est le motif de ce partage. 

La licorne de Troie : pédophilie et théorie queer (par Dr. Em)

Note du traducteur : Le texte qui suit est une traduction d’une série de 4 articles écrits par une certaine Dr. Em, initialement publiés en anglais et consultables en suivant ces liens : partie 1partie 2partie 3partie 4. Il m’a semblé intéressant et même important de les traduire dans la mesure où cette théorie et les pratiques qui en découlent se propagent assez rapidement, causant toutes sortes de dégâts. Il est assez pathétique de constater que des travaux universitaires obscurs, partiellement incompréhensibles – de l’aveu même de nombres de promoteurs de la « théorie queer », de promoteurs desdits travaux – et contenant toutes sortes d’idées sordides, servent de fondement à des mouvances (queer, transgenrisme) qui se pensent incroyablement subversives, révolutionnaires, mais qui, en réalité, ne font qu’entraver une véritable lutte émancipatrice et nuire à la santé physique et mentale des enfants (et des adultes, et de la société en général). D’ailleurs, selon toute probabilité, parmi les supporters de la théorie queer et du transgenrisme, bien peu connaissent ces travaux (promouvoir des pratiques et des idées sans en connaître les tenants, quoi de plus moderne). Pour reprendre la formule qu’emploie Jean-Marc Mandosio dans son livre Longévité d’une imposture : Michel Foucault, les mandarins de la théorie queer sont autant d’apôtres d’un « anti-institutionnalisme institutionnel » qui fait tout sauf menacer l’hégémonie du capitalisme technologique.


Introduction

Lorsque je vois écrit « féministe queer » ou « féminisme queer », je soupçonne, voire espère, que ceux qui utilisent ces expressions ne savent pas de quoi ils parlent. L’enfer est pavé de bonnes intentions. Je ne crois pas que tous ces jeunes gens « éveillés » (woke), ces organisations caritatives, ces institutions et ces festivals d’art soient favorables au viol et à la pédophilie, au « queering » et à la transgression des limites que les féministes ont travaillé sans relâche à établir[1]. Il s’agit néanmoins de ce que promeut la théorie queer[2]. Comme le note Sarah Beresford, de l’université de Lancaster, « Le terme « Queer » […] désigne par définition tout ce qui ne s’accorde pas avec le normal, le légitime et le dominant, et vise à déstabiliser les idées prééminentes concernant l’identité, que cette identité soit sexuelle, sexuée, ethnique, nationale, politique, etc.[3] » Cela peut sembler libérateur et progressiste, sauf que « le normal, le légitime et le dominant » comprennent entre autres choses l’idée que les adultes ne devraient pas abuser sexuellement des enfants. Il est troublant de constater que la remise en question de la notion d’abus sexuel sur les enfants et la banalisation de la pédophilie constituent une idée dominante de la théorie queer. Bien qu’elle ait tenté de se dissimuler dans le drapeau arc-en-ciel et d’exploiter l’énergie, la bonne volonté et les conquêtes sociales des gays, des lesbiennes et des bisexuels, obtenues après des décennies de lutte, la théorie queer est tout sauf progressiste. En effet, s’oppose totalement à l’attirance pour le même sexe. Comme le souligne la professeure de l’université de Cardiff Alessandra Tanesini : « l’opposition à tout point de vue considérant l’orientation sexuelle comme pouvant relever d’autre chose que d’une pure construction sociale constitue un trait caractéristique de la théorie queer[4] ». Ainsi, l’attirance pour le même sexe devient une préférence pouvant être désapprouvée ou considérée comme sectaire parce qu’excluante. Des nouveaux habits de l’homophobie[5]. Contrairement à l’idéologie transgenre, qui repose sur la théorie queer, cette dernière est liée à des figures clés ainsi qu’à un corpus de littérature que nous pouvons interroger. Dans cette série d’essais, je commencerai par aborder les fondements postmodernes de la théorie queer avant d’examiner cette théorie elle-même et ses inclinations pédophiles.

I. Michel Foucault et les fondations postmodernes de la théorie queer

La théorie queer s’est construite sur les traditions philosophiques qu’on appelle parfois poststructuralisme et postmodernisme. Michel Foucault est considéré comme le père fondateur de cette nouvelle façon de conceptualiser la réalité et la condition humaine[6]. L’historienne Tamsin Spargo affirme que « l’analyse de Foucault des interrelations entre la connaissance, le pouvoir et la sexualité a été le catalyseur intellectuel le plus important de la théorie queer[7] » et la philosophe Margaret A. McLaren remarque que « le travail de Foucault a été fondamental pour la théorie queer[8] ». Foucault avançait par exemple l’idée selon laquelle le pouvoir et la coercition, loin d’être imposés d’en haut, seraient relationnels et omniprésents, et construits par le discours. Comme l’explique Jane Clare Jones, Foucault suggérait « que les régimes discursifs – en tant que régimes de pouvoir/de connaissance – produisent les sujets qu’ils prétendent décrire[9] ».

En pratique, cela signifie par exemple que le viol constitue la manière dont nous construisons discursivement une victime et un agresseur plutôt que l’acte physique du viol lui-même. De plus, Foucault considérait que l’idée selon laquelle de véritables ou réelles structures sous-tendaient les évènements ou des éléments matériels comme les écrits était une erreur. La reconceptualisation par Foucault de la triade discours, pouvoir et connaissance donna le jour à une nouvelle réflexion sur la résistance. La transgression des normes, et en particulier des normes sexuelles, devint la seule opposition aux règles et aux catégorisations. Dans la pensée foucaldienne, telle était la lutte contre l’oppression et le pouvoir. Si la remise en question de l’hétéronormativité par Foucault était pertinente, la diffusion de son idée selon laquelle toutes les normes seraient mauvaises et selon laquelle la libération des sexualités déviantes réprimées constituerait une bonne chose pose de sérieux problèmes.

Des féministes participèrent à la démocratisation des normes culturelles selon lesquelles le viol est mauvais et les enfants ne peuvent consentir à une activité sexuelle. Dans le cadre du postmodernisme, et donc de la théorie queer, ces pratiques – le viol et l’abus sexuel des enfants – sont considérées comme des transgressions des limites, malheureusement réprimées, des défiances du pouvoir participant à l’émancipation de l’individu. Foucault, par exemple, présente la vindicte d’un pédophile comme une intolérance collective mesquine, au travers de laquelle le discours construisait un délinquant et une victime et imposait le pouvoir de l’État à un individu. Foucault explique comment

« Un jour de 1867, un ouvrier agricole, du village de Lapcourt, un peu simple d’esprit, employé selon les saisons chez les uns ou les autres, nourri ici et là par un peu de charité et pour le pire travail, logé dans les granges ou les écuries, est dénoncé : au bord d’un champ, il avait, d’une petite fille, obtenu quelques caresses, comme il l’avait déjà fait, comme il l’avait vu faire, comme le faisaient autour de lui les gamins du village ; c’est qu’à la lisière du bois, ou dans le fossé de la route qui mène à Saint-Nicolas, on jouait familièrement au jeu qu’on appelait “du lait caillé”. Il est donc signalé par les parents au maire du village, dénoncé par le maire aux gendarmes, conduit par les gendarmes au juge, inculpé par lui et soumis à un premier médecin, puis à deux autres experts qui, après avoir rédigé leur rapport, le publient. L’important de cette histoire ? C’est son caractère minuscule ; c’est que ce quotidien de la sexualité villageoise, ces infimes délectations buissonnières aient pu devenir, à partir d’un certain moment, objet non seulement d’une intolérance collective, mais d’une action judiciaire, d’une intervention médicale, d’un examen clinique attentif, et de toute une élaboration théorique[10]. »

Le tort dans cette histoire, selon Foucault, était « l’investigation autoritaire » imposée à ce « niais de village » qui ne faisait que donner « quelques sous aux fillettes pour des complaisances que lui refusaient les plus grandes[11] ». J. C. Jones fournit d’autres informations sur le traitement par Foucault de cet incident d’abus sexuel d’enfants. Elle explique comment

« Avec la publication des Anormaux – ses conférences de 1974–75 au Collège de France – nous savons désormais que le traitement de l’affaire par Foucault dans L’Histoire de la sexualité n’était pas une première. À cette occasion, il fournit plus de détails sur ces “caresses obtenues” (détails qu’il ne souhaitait pas consigner dans ce livre), tout en continuant de verser dans un obscurantisme inébranlable et en assurant son auditoire que l’affaire, “vous allez le voir”, est “d’une extrême banalité”. […] L’ouvrier agricole nommé – drolatiquement, selon Foucault – Jouy, a été, apprend-on, “dénoncé […] par les parents d’une petite fille qu’il aurait à moitié, en partie, peu ou prou violée”. L’agression se produit “le jour de la fête du village” lorsque “Jouy entraîne la petite Sophie Adam (à moins que ça soit Sophie Adam qui ait entraîné Charles Jouy, peu importe) dans le fossé de la route qui conduit à Nancy. Là, il se passe quelque chose : moitié viol, peut-être”. Mais il n’y a pas lieu de s’en inquiéter. Jouy, rassurez-vous, “donne très honnêtement quatre sous à la petite fille”, qui, tout à fait imperturbable, “court aussitôt à la foire acheter des amandes grillées”.[12] »

La violence sexuelle et le fait d’abuser d’enfants sexuellement sont « d’une extrême banalité » pour Foucault. Il présente le don d’argent comme l’achat du consentement de l’enfant après l’acte, ce qui change la réalité de l’événement. L’idée selon laquelle l’altération du discours modifie l’expérience et la vérité est particulièrement utile pour la théorie queer et sa campagne en faveur des droits sexuels des hommes et de la pédophilie.

Malgré la prétendue banalité des rapports sexuels d’adultes avec des enfants, Foucault demeure préoccupé par la législation sur l’âge du consentement. En 1977, il signe une pétition adressée au Parlement français demandant l’abolition de toute législation relative à l’âge du consentement, ce qui revient à légaliser la pédophilie[13]. En 1978, Foucault participe à un débat dans une émission de radio lors de laquelle, une fois de plus, est affirmé que la législation concernant l’âge du consentement devait être abolie et que la sexualité des enfants et leur prétendu désir d’avoir des relations sexuelles avec des adultes devaient être reconnus. Ce débat sera publié sous le titre La Loi de la pudeur dans la revue Recherches n°37 d’avril 1979, avant d’être inclus dans le recueil Dits et Écrits 1976–1979 de Foucault. Guy Hocquenghem résume la position des trois penseurs masculins :

« Il y a maintenant six mois, nous avons lancé une pétition qui demandait l’abrogation d’un certain nombre d’articles de loi, notamment ceux qui répriment les rapports entre majeurs et mineurs, ainsi que ceux qui répriment l’incitation de mineurs à la débauche et la décriminalisation des rapports entre majeurs et mineurs en dessous de quinze ans. […] Beaucoup de gens l’ont signée, des gens qui se recrutent dans tout l’éventail politique, qui vont du Parti communiste à Mme Dolto[14]. »

Il s’agit ici d’une tentative de justification de la légalisation de la pédophilie fondée sur sa popularité supposée. Lors de ce débat radiodiffusé, on observa également une surprenante défense des vidéos d’abus sexuels d’enfants. Hocquenghem affirme que :

« Que la pornographie enfantine soit le plus terrible des scandales actuels, la disproportion même entre le sujet évoqué, la pornographie enfantine, même pas la prostitution, et l’immensité des drames et des répressions que peuvent subir par exemple les Noirs aux États-Unis, saute aux yeux[15]. »

Oui, très sérieusement, dans cette émission radiophonique d’une conversation entre Foucault et deux de ses contemporains, on affirme que, parce que les Noirs souffrent du racisme en Amérique, les abus sexuels d’enfants devraient être filmés et distribués. C’est à n’y rien comprendre. Foucault soutient, lui, que : « Peut-être l’enfant avec sa sexualité propre a pu désirer cet adulte, peut-être même a‑t-il consenti, peut-être même a‑t-il fait les premiers pas. » Il affirme aussi que la législation concernant les « rapports de la sexualité enfantine et adulte » [était] « entièrement contestable[16] ». Tel était le père fondateur du postmodernisme, dont le travail inspira l’avènement de la théorie queer. Hocquenghem poursuit en affirmant :

« Il y a tout un mélange de notions qui permettent de fabriquer cette notion de crime, ou d’attentat à la pudeur, un mélange très complexe sur lequel on n’a pas le temps ici de disserter longuement, mais qui comprend à la fois des interdits religieux sur la sodomie, à la fois des données complètement nouvelles comme celles auxquelles Michel Foucault a fait allusion, sur ce qu’on croit savoir de la totale étrangeté de l’univers enfantin et de l’univers adulte. Mais l’évolution globale, indiscutablement, maintenant, c’est non seulement de fabriquer un type de crime qui est tout simplement le rapport érotique ou sensuel entre un enfant et un adulte, mais, d’autre part, puisque ça peut s’isoler sous la forme d’un crime, de créer une certaine catégorie de la population définie par le fait qu’elle s’adonne à ces plaisirs-là[17]. »

Oui, ces hommes ont publiquement soutenu que la pénétration d’enfants par des adultes était un crime inventé parce que les gens, ignorants et arrogants, considéraient que la perception du monde de l’enfant différait de celle de l’adulte (« ce qu’on croit savoir de la totale étrangeté de l’univers enfantin et de l’univers adulte »). Leur prochaine campagne aurait pu être en faveur d’enfants Premiers ministres, d’enfants philosophes et s’ils avaient eu besoin de soins médicaux, peut-être auraient-ils permis à un enfant de les leur prodiguer ? Lorsque les abuseurs sexuels avancent l’argument selon lequel les enfants peuvent comprendre et apprécier les relations sexuelles avec des adultes, ils ne l’appliquent jamais à d’autres aspects de la vie. Cette notion de consentement de l’enfant et de concentration de l’enfant sur les activités de ses organes génitaux est reprise par la théorie queer dans le concept d’enfant transgenre. Avec un tel pedigree intellectuel, faut-il s’étonner que d’aucuns tirent la sonnette d’alarme ?

Le troisième intervenant, Jean Danet, théorise davantage le consentement et la pédophilie. Il fait valoir que

« Quand nous disons que le problème du consentement est tout à fait central dans les affaires de pédophilie, nous ne disons pas que le consentement est toujours là, bien entendu. Mais, et c’est là où on peut dissocier l’attitude de la justice dans le cas du viol et dans le cas de la pédophilie, dans le cas du viol, les juges considèrent qu’il y a une présomption de consentement de la part de la femme, et qu’il y a à démontrer le contraire. Alors qu’en matière de pédophilie, c’est l’inverse. On considère qu’il y a une présomption de non-consentement, une présomption de violence, même dans le cas où on n’a pas pu inculper d’attentat à la pudeur avec violence ; dans le cas où on s’est rabattu sur le texte de l’attentat à la pudeur sans violence, c’est-à-dire du plaisir consenti. Parce qu’attentat à la pudeur sans violence, il faut bien dire que c’est la traduction répressive et juridique du plaisir consenti. Il faut bien voir comment on manipule le système des preuves ; de façon inverse dans le cas du viol de femmes et dans le cas de l’attentat à la pudeur pédophile[18]. »

Cette idée de « plaisir consenti » chez l’enfant est extrêmement contestable. Les femmes disposent des facultés et de la compréhension nécessaires pour s’engager dans une activité sexuelle, pas les enfants. Foucault soutient pourtant qu’« une barrière d’âge fixée par la loi n’a pas beaucoup de sens. Encore une fois, on peut faire confiance à l’enfant pour dire si oui ou non il a subi une violence[19]. » Foucault ajoute que « supposer que du moment qu’il est un enfant on ne peut pas expliquer ce qu’il en est, que du moment qu’il est un enfant il ne peut pas être consentant : il y là deux abus qui sont intolérables, inacceptables[20] ». Le père du postmodernisme et grand-père de la théorie queer soutient donc que l’idée selon laquelle un enfant ne pourrait pas consentir à une activité sexuelle avec un adulte, ne pourrait pas concevoir ce qu’est un abus est « intolérable » et « inacceptable ». Comment des penseurs promouvant de telles vues peuvent-ils être considérés comme des génies de la philosophie ? Cette reconceptualisation de l’inacceptable, cette idée selon laquelle le langage fabrique la réalité constitue la base de la théorie queer.

[Note du traducteur : Lors d’un autre entretien avec plusieurs intellectuels, à la fin des années 1970, Foucault s’exprime sur le sujet de la pédophilie. Il mentionne le « problème de l’enfant que l’on séduit. Ou qui commence à vous séduire. Est-ce qu’il est possible de proposer au législateur de dire : un enfant consentant, un enfant qui ne refuse pas, on peut avoir avec lui n’importe quelle forme de rapport, cela ne relève aucunement de la loi ? » Il répond ensuite lui-même à sa propre question : « Je serais tenté de dire : du moment que l’enfant ne refuse pas, il n’y a aucune raison de sanctionner quoi que ce soit[21]. » La position de Michel Foucault sur le viol — du moins, sa position à un moment donné de sa brillante carrière, car ainsi que le note Jean-Marc Mandosio dans son excellente critique du personnage intitulée Longévité d’une imposture : Michel Foucault, il changeait assez régulièrement de position sur à peu près tous les sujets, en fonction, souvent, du sens du vent — sa position sur le viol, donc, était également assez terrible. Il estimait en effet que le viol était une agression physique comme les autres, comme un coup de poing au visage, et c’est à peu près tout. Cette position lui fut vivement reprochée, entre autres, par de nombreuses féministes[22].]

II. Gayle Rubin, qui compte parmi les fondateurs de la théorie queer, estimait que la pédophilie était une simple orientation sexuelle.

L’anthropologue culturelle Gayle Rubin est considérée comme l’un des principaux théoriciens de la théorie queer. Comme Foucault avant elle, elle plaide en faveur de la légalisation et l’acceptation de la pédophilie en invoquant le consentement de l’enfant. L’université de Pittsburgh déclare que « peu de penseurs ont eu autant d’influence sur la théorie féministe, les études sur les gays et les lesbiennes et la théorie queer que Gayle Rubin » et qu’ « à la fin des années 1970, elle a peut-être été la première à remarquer l’importance de L’Histoire de la sexualité de Michel Foucault, qui, une décennie plus tard, serait sans doute l’ouvrage le plus influent sur les débuts de la théorie queer[23] ». La bibliothèque universitaire de l’Illinois affirme que « l’essai de Gayle Rubin intitulé Thinking Sex est souvent identifié comme l’un des textes fondamentaux [de la théorie queer], qui poursuit le rejet foucaldien des explications biologiques de la sexualité en réfléchissant à la manière dont les identités sexuelles et les comportements sont hiérarchiquement organisés par des systèmes de classifications sexuelles[24] ». Tout comme Foucault, Rubin adopte une approche constructionniste de la sexualité. Cette approche s’est avérée utile dans les critiques féministes radicales de la sexualité hétéronormative – l’idée selon laquelle, dans la pratique sexuelle normale, l’homme est dominant et la femme soumise. Elle a également efficacement étayé les critiques des relations hétérosexuelles utilisées comme norme repoussant les relations gays et lesbiennes vers les marges déviantes. L’approche constructionniste possède donc son intérêt. Cependant, elle est éclipsée par le soutien de Rubin à la pédophilie. Selon Rubin, « l’idée selon laquelle le sexe en soi est nuisible aux jeunes a été ciselée dans de vastes structures sociales et juridiques conçues pour isoler les mineurs des connaissances et expériences sexuelles[25] ».

Rubin ne se réjouit pas de la lente promulgation de lois destinées à protéger les enfants des abus sexuels, elle les désapprouve. Comme Hocquenghem dans sa conversation avec Foucault, Rubin plaide pour la légalisation des images de pornographie infantile. Elle déplore que « bien que la Cour suprême ait également statué que la possession de matériel obscène à des fins privées était un droit constitutionnel, certaines lois sur la pédopornographie interdisent même la possession privée de tout matériel sexuel impliquant des mineurs[26] ». Selon Rubin, interdire la pédopornographie constitue une attaque contre les libertés civiles sexuelles. Elle affirme que « les lois produites par la peur panique de la pédopornographie sont mal conçues et mal orientées. Elles représentent des modifications profondes dans la réglementation du comportement sexuel et abrogent d’importantes libertés civiles sexuelles[27] ». Rubin défend également la North American Man/Boy Love Association (NAMBLA) (Association nord-américaine pour l’amour entre les hommes et les jeunes garçons), décrivant combien « presque personne n’a remarqué que [la législation sur l’abus sexuel des enfants] avait balayé le Congrès et les législatures des États. À l’exception de la North American Man/Boy Love Association et de l’American Civil Liberties Union, personne n’a protesté[28]. » Se pourrait-il qu’il n’y ait pas eu beaucoup d’opposition à ces lois, sauf de la part de pédophiles, pour la raison que la plupart des gens estiment à raison qu’abuser des enfants est mal ? Mais, bien entendu, le fait que la majorité des gens et des législateurs d’État considèrent l’abus sexuel des enfants comme répréhensible signifie que le postmodernisme et la théorie queer s’en feront les champions. La force motrice de cette philosophie est la remise en question des normes sociales, considérées comme mauvaises parce qu’elles sont des normes, et la démocratisation de ce qu’on considère donc comme des sexualités déviantes.

Par la suite, Rubin décrit les hommes adultes abusant sexuellement des enfants de sexe masculin comme ayant une « orientation érotique » méritant d’être défendue[29]. Rubin affirme que parce que ces hommes adultes abusent sexuellement de jeunes garçons, « la police s’est régalée avec eux » et que dans « vingt ans […] il sera beaucoup plus facile de montrer que ces hommes ont été les victimes d’une chasse aux sorcières sauvage et imméritée. Beaucoup de gens seront embarrassés par leur collaboration à cette persécution[30]. » En plus de présenter la pédophilie comme une sexualité persécutée, Rubin recourt à l’argument du mauvais côté de l’histoire, que des commentateurs comme Owen Jones aiment tant utiliser contre les femmes qui défendent la réalité physique et les droits sexuels. Rubin compare systématiquement l’opposition à la pédophilie à l’opposition à l’homosexualité. Elle soutient que les lois sur la protection de l’enfance s’apparentent à la législation anti-gay. Ce rapprochement constant entre homosexualité et pédophilie, comme s’il s’agissait d’une seule et même chose, est une des principales horreurs de son travail universitaire. Les bibliothécaires de l’Université de l’Illinois prétendent pourtant que Rubin aurait démontré, dans son essai, « la manière dont certaines expressions sexuelles sont davantage valorisées que d’autres, ce qui favorise la persécution de ceux qui adhèrent à d’autres expressions sexuelles[31]. » Rubin présente effectivement la pédophilie comme une sexualité opprimée. Elle considère que « les castes sexuelles les plus méprisées comprennent actuellement les transsexuels, les travestis, les fétichistes, les sadomasochistes, les travailleurs du sexe tels que les prostituées et les modèles pornographiques, et les plus honnis de tous, ceux dont l’érotisme transgresse les frontières générationnelles[32] ». Cette déclaration de Rubin met en lumière le fait que la tentative de normaliser et de « libérer » la pédophilie en la liant à la normalisation du « transvestisme, des fétichistes, des sadomasochistes, des travailleurs du sexe » dure depuis vingt ans. Rubin s’est plaint qu’au moment où elle écrivait, dans le DSM-III, « le fétichisme, le sadisme, le masochisme, la transsexualité, le travestissement, l’exhibitionnisme, le voyeurisme et la pédophilie [étaient] assez fermement catégorisés comme des troubles psychologiques[33] ».

« Les sexualités ne cessent de sortir du Manuel de diagnostic et de statistique (DSM) pour entrer dans les pages de l’histoire sociale. Actuellement, plusieurs groupes tentent de reproduire les succès des homosexuels. Les bisexuels, les individus sadomasochistes qui préfèrent les rencontres intergénérationnelles [les pédophiles], les transsexuels et les travestis sont tous à des stades divers de formation de communauté et d’acquisition d’identité.[34] »

L’ouvrage de Rubin, qui constitue une pièce maîtresse de la théorie queer, expose l’existence d’un programme. Cette phrase – « les individus sadomasochistes qui préfèrent les rencontres intergénérationnelles » – édulcore l’horreur de ce qu’elle souhaite normaliser : on parle de personnes qui agressent et abusent sexuellement des enfants. Rubin se lamente de ce que « la loi soit particulièrement féroce dans le maintien d’une séparation entre l’innocence de l’enfance et la sexualité de l’adulte[35] ». D’aucuns estimeraient qu’il s’agit là d’une chose positive. Pas selon la théorie queer. Il convient de noter que Rubin place le mot « innocence » entre guillemets, suggérant ainsi que les enfants eux-mêmes sont actifs et désireux d’être victimes de leurs propres abus. En cela, nous pouvons détecter les ondulations de la pensée de Foucault. Enfin, Rubin dénonce la manière dont « les adultes qui s’écartent trop des normes conventionnelles de conduite sexuelle se voient souvent refuser tout contact avec les jeunes, même les leurs[36] ». En d’autres termes, selon Rubin et les théoriciens queer qui partagent ses vues, la législation qui interdit aux pédophiles de travailler avec des enfants représente une force d’État oppressive. Que Rubin soit de cet avis n’est pas surprenant. Le démantèlement des lois et des normes culturelles interdisant le libre exercice de la sexualité – lequel comprendrait la pédophilie – et l’élimination des limites restreignant les prérogatives de la sexualité masculine constituent des incitatifs de la théorie queer.Il se trouve qu’une ancienne partenaire de Rubin, Pat Califia, est une théoricienne queer encore plus estimée dans le milieu. Alassandra Tanesini souligne comment « Butler 1990 et Sedgwick 2008 sont souvent considérés comme les déclarations fondatrices dans le domaine [de la théorie queer] », mais « tout aussi important est Califia 2000, qui propose une défense libertaire radicale du sadomasochisme, du sexe intergénérationnel et de la pornographie[37] ». C’est ainsi, sans aucune honte, qu’au travers du travail de Pat Califia, il nous est une fois de plus donné de constater que la promotion du sadomasochisme, de la pédophilie et de la pornographie est au fondement de la théorie queer. Il est intéressant de noter que les universitaires sont conscients que Califia soutient la pédophilie, mais qu’ils ne considèrent pas cela comme un problème et continuent à enseigner ses œuvres aux étudiants comme autant d’illustrations d’une audacieuse manière de penser. Linda LeMoncheck, par exemple, professeure de philosophie à l’université d’État de Californie, s’avère très élogieuse en recommandant « pour une excellente vue d’ensemble de la position des radicaux sexuels sur la pédophilie, le S/M et d’autres types de différence sexuelle, de se référer au livre Public Sex de Pat Califia[38] ». Ainsi, sur le conseil de LeMoncheck, c’est vers Public Sex de Califia que nous nous tourno

I. Michel Foucault et les fondations postmodernes de la théorie queer

La théorie queer s’est construite sur les traditions philosophiques qu’on appelle parfois poststructuralisme et postmodernisme. Michel Foucault est considéré comme le père fondateur de cette nouvelle façon de conceptualiser la réalité et la condition humaine[6]. L’historienne Tamsin Spargo affirme que « l’analyse de Foucault des interrelations entre la connaissance, le pouvoir et la sexualité a été le catalyseur intellectuel le plus important de la théorie queer[7] » et la philosophe Margaret A. McLaren remarque que « le travail de Foucault a été fondamental pour la théorie queer[8] ». Foucault avançait par exemple l’idée selon laquelle le pouvoir et la coercition, loin d’être imposés d’en haut, seraient relationnels et omniprésents, et construits par le discours. Comme l’explique Jane Clare Jones, Foucault suggérait « que les régimes discursifs – en tant que régimes de pouvoir/de connaissance – produisent les sujets qu’ils prétendent décrire[9] ».

En pratique, cela signifie par exemple que le viol constitue la manière dont nous construisons discursivement une victime et un agresseur plutôt que l’acte physique du viol lui-même. De plus, Foucault considérait que l’idée selon laquelle de véritables ou réelles structures sous-tendaient les évènements ou des éléments matériels comme les écrits était une erreur. La reconceptualisation par Foucault de la triade discours, pouvoir et connaissance donna le jour à une nouvelle réflexion sur la résistance. La transgression des normes, et en particulier des normes sexuelles, devint la seule opposition aux règles et aux catégorisations. Dans la pensée foucaldienne, telle était la lutte contre l’oppression et le pouvoir. Si la remise en question de l’hétéronormativité par Foucault était pertinente, la diffusion de son idée selon laquelle toutes les normes seraient mauvaises et selon laquelle la libération des sexualités déviantes réprimées constituerait une bonne chose pose de sérieux problèmes.

Des féministes participèrent à la démocratisation des normes culturelles selon lesquelles le viol est mauvais et les enfants ne peuvent consentir à une activité sexuelle. Dans le cadre du postmodernisme, et donc de la théorie queer, ces pratiques – le viol et l’abus sexuel des enfants – sont considérées comme des transgressions des limites, malheureusement réprimées, des défiances du pouvoir participant à l’émancipation de l’individu. Foucault, par exemple, présente la vindicte d’un pédophile comme une intolérance collective mesquine, au travers de laquelle le discours construisait un délinquant et une victime et imposait le pouvoir de l’État à un individu. Foucault explique comment

« Un jour de 1867, un ouvrier agricole, du village de Lapcourt, un peu simple d’esprit, employé selon les saisons chez les uns ou les autres, nourri ici et là par un peu de charité et pour le pire travail, logé dans les granges ou les écuries, est dénoncé : au bord d’un champ, il avait, d’une petite fille, obtenu quelques caresses, comme il l’avait déjà fait, comme il l’avait vu faire, comme le faisaient autour de lui les gamins du village ; c’est qu’à la lisière du bois, ou dans le fossé de la route qui mène à Saint-Nicolas, on jouait familièrement au jeu qu’on appelait “du lait caillé”. Il est donc signalé par les parents au maire du village, dénoncé par le maire aux gendarmes, conduit par les gendarmes au juge, inculpé par lui et soumis à un premier médecin, puis à deux autres experts qui, après avoir rédigé leur rapport, le publient. L’important de cette histoire ? C’est son caractère minuscule ; c’est que ce quotidien de la sexualité villageoise, ces infimes délectations buissonnières aient pu devenir, à partir d’un certain moment, objet non seulement d’une intolérance collective, mais d’une action judiciaire, d’une intervention médicale, d’un examen clinique attentif, et de toute une élaboration théorique[10]. »

Le tort dans cette histoire, selon Foucault, était « l’investigation autoritaire » imposée à ce « niais de village » qui ne faisait que donner « quelques sous aux fillettes pour des complaisances que lui refusaient les plus grandes[11] ». J. C. Jones fournit d’autres informations sur le traitement par Foucault de cet incident d’abus sexuel d’enfants. Elle explique comment

« Avec la publication des Anormaux – ses conférences de 1974–75 au Collège de France – nous savons désormais que le traitement de l’affaire par Foucault dans L’Histoire de la sexualité n’était pas une première. À cette occasion, il fournit plus de détails sur ces “caresses obtenues” (détails qu’il ne souhaitait pas consigner dans ce livre), tout en continuant de verser dans un obscurantisme inébranlable et en assurant son auditoire que l’affaire, “vous allez le voir”, est “d’une extrême banalité”. […] L’ouvrier agricole nommé – drolatiquement, selon Foucault – Jouy, a été, apprend-on, “dénoncé […] par les parents d’une petite fille qu’il aurait à moitié, en partie, peu ou prou violée”. L’agression se produit “le jour de la fête du village” lorsque “Jouy entraîne la petite Sophie Adam (à moins que ça soit Sophie Adam qui ait entraîné Charles Jouy, peu importe) dans le fossé de la route qui conduit à Nancy. Là, il se passe quelque chose : moitié viol, peut-être”. Mais il n’y a pas lieu de s’en inquiéter. Jouy, rassurez-vous, “donne très honnêtement quatre sous à la petite fille”, qui, tout à fait imperturbable, “court aussitôt à la foire acheter des amandes grillées”.[12] »

La violence sexuelle et le fait d’abuser d’enfants sexuellement sont « d’une extrême banalité » pour Foucault. Il présente le don d’argent comme l’achat du consentement de l’enfant après l’acte, ce qui change la réalité de l’événement. L’idée selon laquelle l’altération du discours modifie l’expérience et la vérité est particulièrement utile pour la théorie queer et sa campagne en faveur des droits sexuels des hommes et de la pédophilie.

Malgré la prétendue banalité des rapports sexuels d’adultes avec des enfants, Foucault demeure préoccupé par la législation sur l’âge du consentement. En 1977, il signe une pétition adressée au Parlement français demandant l’abolition de toute législation relative à l’âge du consentement, ce qui revient à légaliser la pédophilie[13]. En 1978, Foucault participe à un débat dans une émission de radio lors de laquelle, une fois de plus, est affirmé que la législation concernant l’âge du consentement devait être abolie et que la sexualité des enfants et leur prétendu désir d’avoir des relations sexuelles avec des adultes devaient être reconnus. Ce débat sera publié sous le titre La Loi de la pudeur dans la revue Recherches n°37 d’avril 1979, avant d’être inclus dans le recueil Dits et Écrits 1976–1979 de Foucault. Guy Hocquenghem résume la position des trois penseurs masculins :

« Il y a maintenant six mois, nous avons lancé une pétition qui demandait l’abrogation d’un certain nombre d’articles de loi, notamment ceux qui répriment les rapports entre majeurs et mineurs, ainsi que ceux qui répriment l’incitation de mineurs à la débauche et la décriminalisation des rapports entre majeurs et mineurs en dessous de quinze ans. […] Beaucoup de gens l’ont signée, des gens qui se recrutent dans tout l’éventail politique, qui vont du Parti communiste à Mme Dolto[14]. »

Il s’agit ici d’une tentative de justification de la légalisation de la pédophilie fondée sur sa popularité supposée. Lors de ce débat radiodiffusé, on observa également une surprenante défense des vidéos d’abus sexuels d’enfants. Hocquenghem affirme que :

« Que la pornographie enfantine soit le plus terrible des scandales actuels, la disproportion même entre le sujet évoqué, la pornographie enfantine, même pas la prostitution, et l’immensité des drames et des répressions que peuvent subir par exemple les Noirs aux États-Unis, saute aux yeux[15]. »

Oui, très sérieusement, dans cette émission radiophonique d’une conversation entre Foucault et deux de ses contemporains, on affirme que, parce que les Noirs souffrent du racisme en Amérique, les abus sexuels d’enfants devraient être filmés et distribués. C’est à n’y rien comprendre. Foucault soutient, lui, que : « Peut-être l’enfant avec sa sexualité propre a pu désirer cet adulte, peut-être même a‑t-il consenti, peut-être même a‑t-il fait les premiers pas. » Il affirme aussi que la législation concernant les « rapports de la sexualité enfantine et adulte » [était] « entièrement contestable[16] ». Tel était le père fondateur du postmodernisme, dont le travail inspira l’avènement de la théorie queer. Hocquenghem poursuit en affirmant :

« Il y a tout un mélange de notions qui permettent de fabriquer cette notion de crime, ou d’attentat à la pudeur, un mélange très complexe sur lequel on n’a pas le temps ici de disserter longuement, mais qui comprend à la fois des interdits religieux sur la sodomie, à la fois des données complètement nouvelles comme celles auxquelles Michel Foucault a fait allusion, sur ce qu’on croit savoir de la totale étrangeté de l’univers enfantin et de l’univers adulte. Mais l’évolution globale, indiscutablement, maintenant, c’est non seulement de fabriquer un type de crime qui est tout simplement le rapport érotique ou sensuel entre un enfant et un adulte, mais, d’autre part, puisque ça peut s’isoler sous la forme d’un crime, de créer une certaine catégorie de la population définie par le fait qu’elle s’adonne à ces plaisirs-là[17]. »

Oui, ces hommes ont publiquement soutenu que la pénétration d’enfants par des adultes était un crime inventé parce que les gens, ignorants et arrogants, considéraient que la perception du monde de l’enfant différait de celle de l’adulte (« ce qu’on croit savoir de la totale étrangeté de l’univers enfantin et de l’univers adulte »). Leur prochaine campagne aurait pu être en faveur d’enfants Premiers ministres, d’enfants philosophes et s’ils avaient eu besoin de soins médicaux, peut-être auraient-ils permis à un enfant de les leur prodiguer ? Lorsque les abuseurs sexuels avancent l’argument selon lequel les enfants peuvent comprendre et apprécier les relations sexuelles avec des adultes, ils ne l’appliquent jamais à d’autres aspects de la vie. Cette notion de consentement de l’enfant et de concentration de l’enfant sur les activités de ses organes génitaux est reprise par la théorie queer dans le concept d’enfant transgenre. Avec un tel pedigree intellectuel, faut-il s’étonner que d’aucuns tirent la sonnette d’alarme ?

Le troisième intervenant, Jean Danet, théorise davantage le consentement et la pédophilie. Il fait valoir que

« Quand nous disons que le problème du consentement est tout à fait central dans les affaires de pédophilie, nous ne disons pas que le consentement est toujours là, bien entendu. Mais, et c’est là où on peut dissocier l’attitude de la justice dans le cas du viol et dans le cas de la pédophilie, dans le cas du viol, les juges considèrent qu’il y a une présomption de consentement de la part de la femme, et qu’il y a à démontrer le contraire. Alors qu’en matière de pédophilie, c’est l’inverse. On considère qu’il y a une présomption de non-consentement, une présomption de violence, même dans le cas où on n’a pas pu inculper d’attentat à la pudeur avec violence ; dans le cas où on s’est rabattu sur le texte de l’attentat à la pudeur sans violence, c’est-à-dire du plaisir consenti. Parce qu’attentat à la pudeur sans violence, il faut bien dire que c’est la traduction répressive et juridique du plaisir consenti. Il faut bien voir comment on manipule le système des preuves ; de façon inverse dans le cas du viol de femmes et dans le cas de l’attentat à la pudeur pédophile[18]. »

Cette idée de « plaisir consenti » chez l’enfant est extrêmement contestable. Les femmes disposent des facultés et de la compréhension nécessaires pour s’engager dans une activité sexuelle, pas les enfants. Foucault soutient pourtant qu’« une barrière d’âge fixée par la loi n’a pas beaucoup de sens. Encore une fois, on peut faire confiance à l’enfant pour dire si oui ou non il a subi une violence[19]. » Foucault ajoute que « supposer que du moment qu’il est un enfant on ne peut pas expliquer ce qu’il en est, que du moment qu’il est un enfant il ne peut pas être consentant : il y là deux abus qui sont intolérables, inacceptables[20] ». Le père du postmodernisme et grand-père de la théorie queer soutient donc que l’idée selon laquelle un enfant ne pourrait pas consentir à une activité sexuelle avec un adulte, ne pourrait pas concevoir ce qu’est un abus est « intolérable » et « inacceptable ». Comment des penseurs promouvant de telles vues peuvent-ils être considérés comme des génies de la philosophie ? Cette reconceptualisation de l’inacceptable, cette idée selon laquelle le langage fabrique la réalité constitue la base de la théorie queer.

[Note du traducteur : Lors d’un autre entretien avec plusieurs intellectuels, à la fin des années 1970, Foucault s’exprime sur le sujet de la pédophilie. Il mentionne le « problème de l’enfant que l’on séduit. Ou qui commence à vous séduire. Est-ce qu’il est possible de proposer au législateur de dire : un enfant consentant, un enfant qui ne refuse pas, on peut avoir avec lui n’importe quelle forme de rapport, cela ne relève aucunement de la loi ? » Il répond ensuite lui-même à sa propre question : « Je serais tenté de dire : du moment que l’enfant ne refuse pas, il n’y a aucune raison de sanctionner quoi que ce soit[21]. » La position de Michel Foucault sur le viol — du moins, sa position à un moment donné de sa brillante carrière, car ainsi que le note Jean-Marc Mandosio dans son excellente critique du personnage intitulée Longévité d’une imposture : Michel Foucault, il changeait assez régulièrement de position sur à peu près tous les sujets, en fonction, souvent, du sens du vent — sa position sur le viol, donc, était également assez terrible. Il estimait en effet que le viol était une agression physique comme les autres, comme un coup de poing au visage, et c’est à peu près tout. Cette position lui fut vivement reprochée, entre autres, par de nombreuses féministes[22].]

Oui, ces hommes ont publiquement soutenu que la pénétration d’enfants par des adultes était un crime inventé parce que les gens, ignorants et arrogants, considéraient que la perception du monde de l’enfant différait de celle de l’adulte (« ce qu’on croit savoir de la totale étrangeté de l’univers enfantin et de l’univers adulte »). Leur prochaine campagne aurait pu être en faveur d’enfants Premiers ministres, d’enfants philosophes et s’ils avaient eu besoin de soins médicaux, peut-être auraient-ils permis à un enfant de les leur prodiguer ? Lorsque les abuseurs sexuels avancent l’argument selon lequel les enfants peuvent comprendre et apprécier les relations sexuelles avec des adultes, ils ne l’appliquent jamais à d’autres aspects de la vie. Cette notion de consentement de l’enfant et de concentration de l’enfant sur les activités de ses organes génitaux est reprise par la théorie queer dans le concept d’enfant transgenre. Avec un tel pedigree intellectuel, faut-il s’étonner que d’aucuns tirent la sonnette d’alarme ?

Le troisième intervenant, Jean Danet, théorise davantage le consentement et la pédophilie. Il fait valoir que

« Quand nous disons que le problème du consentement est tout à fait central dans les affaires de pédophilie, nous ne disons pas que le consentement est toujours là, bien entendu. Mais, et c’est là où on peut dissocier l’attitude de la justice dans le cas du viol et dans le cas de la pédophilie, dans le cas du viol, les juges considèrent qu’il y a une présomption de consentement de la part de la femme, et qu’il y a à démontrer le contraire. Alors qu’en matière de pédophilie, c’est l’inverse. On considère qu’il y a une présomption de non-consentement, une présomption de violence, même dans le cas où on n’a pas pu inculper d’attentat à la pudeur avec violence ; dans le cas où on s’est rabattu sur le texte de l’attentat à la pudeur sans violence, c’est-à-dire du plaisir consenti. Parce qu’attentat à la pudeur sans violence, il faut bien dire que c’est la traduction répressive et juridique du plaisir consenti. Il faut bien voir comment on manipule le système des preuves ; de façon inverse dans le cas du viol de femmes et dans le cas de l’attentat à la pudeur pédophile[18]. »

Cette idée de « plaisir consenti » chez l’enfant est extrêmement contestable. Les femmes disposent des facultés et de la compréhension nécessaires pour s’engager dans une activité sexuelle, pas les enfants. Foucault soutient pourtant qu’« une barrière d’âge fixée par la loi n’a pas beaucoup de sens. Encore une fois, on peut faire confiance à l’enfant pour dire si oui ou non il a subi une violence[19]. » Foucault ajoute que « supposer que du moment qu’il est un enfant on ne peut pas expliquer ce qu’il en est, que du moment qu’il est un enfant il ne peut pas être consentant : il y là deux abus qui sont intolérables, inacceptables[20] ». Le père du postmodernisme et grand-père de la théorie queer soutient donc que l’idée selon laquelle un enfant ne pourrait pas consentir à une activité sexuelle avec un adulte, ne pourrait pas concevoir ce qu’est un abus est « intolérable » et « inacceptable ». Comment des penseurs promouvant de telles vues peuvent-ils être considérés comme des génies de la philosophie ? Cette reconceptualisation de l’inacceptable, cette idée selon laquelle le langage fabrique la réalité constitue la base de la théorie queer.

[Note du traducteur : Lors d’un autre entretien avec plusieurs intellectuels, à la fin des années 1970, Foucault s’exprime sur le sujet de la pédophilie. Il mentionne le « problème de l’enfant que l’on séduit. Ou qui commence à vous séduire. Est-ce qu’il est possible de proposer au législateur de dire : un enfant consentant, un enfant qui ne refuse pas, on peut avoir avec lui n’importe quelle forme de rapport, cela ne relève aucunement de la loi ? » Il répond ensuite lui-même à sa propre question : « Je serais tenté de dire : du moment que l’enfant ne refuse pas, il n’y a aucune raison de sanctionner quoi que ce soit[21]. » La position de Michel Foucault sur le viol — du moins, sa position à un moment donné de sa brillante carrière, car ainsi que le note Jean-Marc Mandosio dans son excellente critique du personnage intitulée Longévité d’une imposture : Michel Foucault, il changeait assez régulièrement de position sur à peu près tous les sujets, en fonction, souvent, du sens du vent — sa position sur le viol, donc, était également assez terrible. Il estimait en effet que le viol était une agression physique comme les autres, comme un coup de poing au visage, et c’est à peu près tout. Cette position lui fut vivement reprochée, entre autres, par de nombreuses féministes[22].]

II. Gayle Rubin, qui compte parmi les fondateurs de la théorie queer, estimait que la pédophilie était une simple orientation sexuelle.

L’anthropologue culturelle Gayle Rubin est considérée comme l’un des principaux théoriciens de la théorie queer. Comme Foucault avant elle, elle plaide en faveur de la légalisation et l’acceptation de la pédophilie en invoquant le consentement de l’enfant. L’université de Pittsburgh déclare que « peu de penseurs ont eu autant d’influence sur la théorie féministe, les études sur les gays et les lesbiennes et la théorie queer que Gayle Rubin » et qu’ « à la fin des années 1970, elle a peut-être été la première à remarquer l’importance de L’Histoire de la sexualité de Michel Foucault, qui, une décennie plus tard, serait sans doute l’ouvrage le plus influent sur les débuts de la théorie queer[23] ». La bibliothèque universitaire de l’Illinois affirme que « l’essai de Gayle Rubin intitulé Thinking Sex est souvent identifié comme l’un des textes fondamentaux [de la théorie queer], qui poursuit le rejet foucaldien des explications biologiques de la sexualité en réfléchissant à la manière dont les identités sexuelles et les comportements sont hiérarchiquement organisés par des systèmes de classifications sexuelles[24] ». Tout comme Foucault, Rubin adopte une approche constructionniste de la sexualité. Cette approche s’est avérée utile dans les critiques féministes radicales de la sexualité hétéronormative – l’idée selon laquelle, dans la pratique sexuelle normale, l’homme est dominant et la femme soumise. Elle a également efficacement étayé les critiques des relations hétérosexuelles utilisées comme norme repoussant les relations gays et lesbiennes vers les marges déviantes. L’approche constructionniste possède donc son intérêt. Cependant, elle est éclipsée par le soutien de Rubin à la pédophilie. Selon Rubin, « l’idée selon laquelle le sexe en soi est nuisible aux jeunes a été ciselée dans de vastes structures sociales et juridiques conçues pour isoler les mineurs des connaissances et expériences sexuelles[25] ».

Rubin ne se réjouit pas de la lente promulgation de lois destinées à protéger les enfants des abus sexuels, elle les désapprouve. Comme Hocquenghem dans sa conversation avec Foucault, Rubin plaide pour la légalisation des images de pornographie infantile. Elle déplore que « bien que la Cour suprême ait également statué que la possession de matériel obscène à des fins privées était un droit constitutionnel, certaines lois sur la pédopornographie interdisent même la possession privée de tout matériel sexuel impliquant des mineurs[26] ». Selon Rubin, interdire la pédopornographie constitue une attaque contre les libertés civiles sexuelles. Elle affirme que « les lois produites par la peur panique de la pédopornographie sont mal conçues et mal orientées. Elles représentent des modifications profondes dans la réglementation du comportement sexuel et abrogent d’importantes libertés civiles sexuelles[27] ». Rubin défend également la North American Man/Boy Love Association (NAMBLA) (Association nord-américaine pour l’amour entre les hommes et les jeunes garçons), décrivant combien « presque personne n’a remarqué que [la législation sur l’abus sexuel des enfants] avait balayé le Congrès et les législatures des États. À l’exception de la North American Man/Boy Love Association et de l’American Civil Liberties Union, personne n’a protesté[28]. » Se pourrait-il qu’il n’y ait pas eu beaucoup d’opposition à ces lois, sauf de la part de pédophiles, pour la raison que la plupart des gens estiment à raison qu’abuser des enfants est mal ? Mais, bien entendu, le fait que la majorité des gens et des législateurs d’État considèrent l’abus sexuel des enfants comme répréhensible signifie que le postmodernisme et la théorie queer s’en feront les champions. La force motrice de cette philosophie est la remise en question des normes sociales, considérées comme mauvaises parce qu’elles sont des normes, et la démocratisation de ce qu’on considère donc comme des sexualités déviantes.

Par la suite, Rubin décrit les hommes adultes abusant sexuellement des enfants de sexe masculin comme ayant une « orientation érotique » méritant d’être défendue[29]. Rubin affirme que parce que ces hommes adultes abusent sexuellement de jeunes garçons, « la police s’est régalée avec eux » et que dans « vingt ans […] il sera beaucoup plus facile de montrer que ces hommes ont été les victimes d’une chasse aux sorcières sauvage et imméritée. Beaucoup de gens seront embarrassés par leur collaboration à cette persécution[30]. » En plus de présenter la pédophilie comme une sexualité persécutée, Rubin recourt à l’argument du mauvais côté de l’histoire, que des commentateurs comme Owen Jones aiment tant utiliser contre les femmes qui défendent la réalité physique et les droits sexuels. Rubin compare systématiquement l’opposition à la pédophilie à l’opposition à l’homosexualité. Elle soutient que les lois sur la protection de l’enfance s’apparentent à la législation anti-gay. Ce rapprochement constant entre homosexualité et pédophilie, comme s’il s’agissait d’une seule et même chose, est une des principales horreurs de son travail universitaire. Les bibliothécaires de l’Université de l’Illinois prétendent pourtant que Rubin aurait démontré, dans son essai, « la manière dont certaines expressions sexuelles sont davantage valorisées que d’autres, ce qui favorise la persécution de ceux qui adhèrent à d’autres expressions sexuelles[31]. » Rubin présente effectivement la pédophilie comme une sexualité opprimée. Elle considère que « les castes sexuelles les plus méprisées comprennent actuellement les transsexuels, les travestis, les fétichistes, les sadomasochistes, les travailleurs du sexe tels que les prostituées et les modèles pornographiques, et les plus honnis de tous, ceux dont l’érotisme transgresse les frontières générationnelles[32] ». Cette déclaration de Rubin met en lumière le fait que la tentative de normaliser et de « libérer » la pédophilie en la liant à la normalisation du « transvestisme, des fétichistes, des sadomasochistes, des travailleurs du sexe » dure depuis vingt ans. Rubin s’est plaint qu’au moment où elle écrivait, dans le DSM-III, « le fétichisme, le sadisme, le masochisme, la transsexualité, le travestissement, l’exhibitionnisme, le voyeurisme et la pédophilie [étaient] assez fermement catégorisés comme des troubles psychologiques[33] ».

« Les sexualités ne cessent de sortir du Manuel de diagnostic et de statistique (DSM) pour entrer dans les pages de l’histoire sociale. Actuellement, plusieurs groupes tentent de reproduire les succès des homosexuels. Les bisexuels, les individus sadomasochistes qui préfèrent les rencontres intergénérationnelles [les pédophiles], les transsexuels et les travestis sont tous à des stades divers de formation de communauté et d’acquisition d’identité.[34] »

Par la suite, Rubin décrit les hommes adultes abusant sexuellement des enfants de sexe masculin comme ayant une « orientation érotique » méritant d’être défendue[29]. Rubin affirme que parce que ces hommes adultes abusent sexuellement de jeunes garçons, « la police s’est régalée avec eux » et que dans « vingt ans […] il sera beaucoup plus facile de montrer que ces hommes ont été les victimes d’une chasse aux sorcières sauvage et imméritée. Beaucoup de gens seront embarrassés par leur collaboration à cette persécution[30]. » En plus de présenter la pédophilie comme une sexualité persécutée, Rubin recourt à l’argument du mauvais côté de l’histoire, que des commentateurs comme Owen Jones aiment tant utiliser contre les femmes qui défendent la réalité physique et les droits sexuels. Rubin compare systématiquement l’opposition à la pédophilie à l’opposition à l’homosexualité. Elle soutient que les lois sur la protection de l’enfance s’apparentent à la législation anti-gay. Ce rapprochement constant entre homosexualité et pédophilie, comme s’il s’agissait d’une seule et même chose, est une des principales horreurs de son travail universitaire. Les bibliothécaires de l’Université de l’Illinois prétendent pourtant que Rubin aurait démontré, dans son essai, « la manière dont certaines expressions sexuelles sont davantage valorisées que d’autres, ce qui favorise la persécution de ceux qui adhèrent à d’autres expressions sexuelles[31]. » Rubin présente effectivement la pédophilie comme une sexualité opprimée. Elle considère que « les castes sexuelles les plus méprisées comprennent actuellement les transsexuels, les travestis, les fétichistes, les sadomasochistes, les travailleurs du sexe tels que les prostituées et les modèles pornographiques, et les plus honnis de tous, ceux dont l’érotisme transgresse les frontières générationnelles[32] ». Cette déclaration de Rubin met en lumière le fait que la tentative de normaliser et de « libérer » la pédophilie en la liant à la normalisation du « transvestisme, des fétichistes, des sadomasochistes, des travailleurs du sexe » dure depuis vingt ans. Rubin s’est plaint qu’au moment où elle écrivait, dans le DSM-III, « le fétichisme, le sadisme, le masochisme, la transsexualité, le travestissement, l’exhibitionnisme, le voyeurisme et la pédophilie [étaient] assez fermement catégorisés comme des troubles psychologiques[33] ».

« Les sexualités ne cessent de sortir du Manuel de diagnostic et de statistique (DSM) pour entrer dans les pages de l’histoire sociale. Actuellement, plusieurs groupes tentent de reproduire les succès des homosexuels. Les bisexuels, les individus sadomasochistes qui préfèrent les rencontres intergénérationnelles [les pédophiles], les transsexuels et les travestis sont tous à des stades divers de formation de communauté et d’acquisition d’identité.[34] »

Dans la veine de la conversation entre Foucault, Hocquenghem et Danet et du travail de Rubin, Califia plaide pour la légalisation et la normalisation des images d’abus sexuels d’enfants. Califia déplore le fait que « la pédopornographie constitue une catégorie spéciale dans la loi américaine depuis 1977 » et affirme que c’est à cause de l’homophobie, et en particulier de la campagne juridique d’Anita Bryant, que les images d’abus sexuels d’enfants sont interdites[62]. Une fois de plus, une théoricienne queer associe les droits des homosexuels au droit d’abuser sexuellement des enfants. C’était et c’est toujours un argument épouvantable. Dans la section suivante, Califia tente de minimiser les dommages causés par les abus sexuels des enfants en les qualifiant de « porno kiddy » (porno ado, porno pour enfant). Selon Califia, le gouvernement américain et les féministes n’essayaient pas de supprimer le fléau des images pédopornographiques, mais s’efforçaient plutôt de faire respecter les valeurs traditionnelles et la pureté sociale. Un génie de la théorie queer. Dans l’une des seules sections de l’ouvrage de Califia où l’on peut discerner des arguments novateurs, Califia soutient que les services postaux ciblaient les homosexuels dans le cadre d’une vaste conspiration[63]. L’idée vaut son pesant de cacahuètes. Califia se plaint du fait que :

« Les services postaux ciblent les personnes qui ont la malchance d’avoir atterri sur des listes d’adresses compilées par les douanes américaines. Ces listes proviennent de nombreuses sources. Lorsque des entreprises de pornographie adulte font l’objet d’une descente, les autorités confisquent également leurs carnets d’adresses. […] Les services postaux et les douanes gardent la trace des personnes qui commandent de la pornographie par voie postale. La police a même confisqué la liste des membres d’un bulletin électronique gay qui a été fermé parce que son opérateur était accusé de violer les lois sur l’âge du consentement. Les services postaux mènent alors des campagnes de publipostage pour solliciter des commandes de pédopornographie. […] Les agents des forces de l’ordre s’y impliquent, se faisant passer pour des pédophiles ou des enfants sexuellement actifs, et demandant à leurs correspondants s’ils veulent envoyer ou recevoir de la pédopornographie par voie postale. Si les personnes ciblées mordent à l’hameçon, elles sont arrêtées.[64] »

Oui, oui, Califia estime que l’arrestation des pédophiles est un problème. Elle déplore le fait que « la société américaine soit devenue farouchement phobique de tout contact sexuel entre adultes et mineurs[65] ». L’utilisation du terme « phobique » est significative. L’opposition à l’abus sexuel des enfants est ainsi présentée comme une peur irrationnelle. Ceux qui ont un problème seraient donc ceux qui s’y opposent. Pour renforcer cette conceptualisation de l’opposition à l’abus sexuel des enfants comme une hystérie, tout au long de l’article et sans jamais l’indiquer, Califia passe de la discussion des abus sexuels des enfants à celle de l’activité sexuelle des adolescents. Il s’agit d’une tentative délibérée de déjouer l’argument selon lequel les adultes devraient être autorisés à avoir des relations sexuelles avec des enfants. Dans une autre tentative du même genre, Califia affirme que « le féminisme lesbien est censé donner du pouvoir aux femmes, mais nous sommes réticents à considérer les expériences sexuelles des jeunes femmes comme autre chose que de la victimisation[66] ». Califia soutient ainsi que les jeunes filles devraient être considérées comme des agentes de leur propre abus et occulte ce fait que 98% des abuseurs sexuels sont des hommes, et que la majorité d’entre eux sont hétérosexuels[67]. Rien d’étonnant. C’est ce que fait la théorie queer, elle brouille les pistes entre la victime et l’agresseur, elle présente l’abus comme un souhait, et lorsque cette méthode ne fonctionne pas, elle recourt à la notion initialement épousée par Foucault selon laquelle le pouvoir n’existe que dans le discours et qu’il n’a pas de réalité en dehors. La théorie queer est bien plutôt un jeu d’écrans de fumée et de miroirs qu’une philosophie. Un soupçon de rhétorique et les abus disparaissent.

De manière attendue, Califia utilise le non-argument selon lequel s’opposer à ce que des adultes abusent sexuellement de personnes n’ayant pas atteint l’âge du consentement relève de l’âgisme. Elle affirme que « nous nous efforçons de lutter contre l’âgisme, mais nous n’incluons pas vraiment les femmes lesbiennes et bisexuelles mineures dans notre communauté[68] ». Califia essaie encore de brouiller les pistes en occultant le fait que 98% des personnes qui abusent sexuellement des enfants sont des hommes. Elle fait appel aux sentiments en écrivant que « les gouines adolescentes devraient faire des expériences sexuelles et romantiques entre elles. Mais lorsqu’elles sont piégées dans des écoles, des quartiers […] où le fait de se faire traiter de gouines les expose au harcèlement et aux agressions, combien de jeunes lesbiennes peuvent se permettre de sortir du placard ou de chercher à rencontrer d’autres personnes comme elles[69] ? » Au lieu de s’attaquer à la culture de l’intimidation et de la non-acceptation, elle s’en prend aux lois sur l’âge du consentement et la protection des enfants. Allez comprendre. Après avoir passé tout un article à déplorer l’ingérence de l’État dans la vie des citoyens et l’activité sexuelle des enfants, elle fait une volte-face remarquable. Selon Califia, « l’État n’est pas disposé à prendre les mesures radicales qui seraient nécessaires pour protéger les enfants victimes d’adultes maltraitants. Cela impliquerait de remettre en question la propriété des parents sur leurs enfants. De fournir des alternatives viables à la famille[70]. » Cette déclaration fait froid dans le dos, Califia en a assez que les parents protègent leurs enfants contre les abus sexuels et propose de leur en retirer la garde. Ce revirement concernant l’intervention de l’État illustre l’inconséquence de la théorie queer, qui se contorsionne et se déforme pour faire avancer les droits sexuels des hommes au moyen de tous les (non-)arguments nécessaires.

Le collectif pédophile qui reproduit son article en ligne nous fournit une note d’espoir. Ils rapportent que « Dans la deuxième édition de Public Sex, The Culture of Radical Sex, Pat Califia exprime un triste changement de position. Depuis 2000, elle n’accepte plus la possibilité pour les enfants prépubères et de nombreux jeunes adolescents de consentir à des contacts érotiques ou sexuels avec des adultes. » […] « Elle est devenue beaucoup plus cynique à l’égard des adultes et de leur capacité à écouter les enfants et, en tant que parent, elle pense davantage à faire du bien-être de l’enfant une priorité qu’au consentement. » L’expression « à faire du bien-être de l’enfant une priorité qu’au consentement » me semble indiquer que Califia et le collectif pédophile comprennent le problème, que tout « consentement » est forcé et illusoire. Néanmoins, l’influence de la théorie queer a empoisonné toute une vague du féminisme. Par exemple, l’incapacité de Sarah Beresford à s’affranchir de la théorie queer l’a amenée à se demander si les lois sur l’âge du consentement étaient protectionnistes et à « concéder que la loi actuelle sur l’âge du consentement non seulement nie la capacité d’agir des filles et des garçons de moins de 16 ans, mais les place également dans une position de passivité non autonome[71] ». Cela souligne à quel point la théorie queer est une philosophie destructrice, dangereuse, l’ultime contrecoup du féminisme.

IV. Judith Butler

La grande prêtresse du charabia de la théorie queer, Judith Butler, a pris le relais de cette réaction contre le féminisme en défendant – mais pourquoi devrions-nous être surpris ? – l’inceste. Et ce sans la moindre référence au fait que la plupart des abus sexuels familiaux d’enfants sont commis par un parent masculin sur un enfant féminin. Butler s’est plutôt appuyée sur la théorie queer pour affirmer qu’en s’opposant à l’inceste et en légiférant contre lui, les États renforçaient l’hétérosexualité. Dans son galimatias le plus célèbre – Trouble dans le genre – elle écrit : « Le tabou de l’inceste est la loi juridique qui prohiberait les désirs incestueux tout en construisant certaines subjectivités genrées par le mécanisme de l’identification obligatoire. Mais qu’est-ce qui garantit l’universalité ou la nécessité de cette loi[72] ? » La nécessité de la loi contre l’inceste découle des dommages que les abus sexuels des enfants, et en particulier les abus sexuels d’enfants interfamiliaux, causent aux survivants. La loi est également nécessaire en raison de sa prévalence. Une étude menée par l’Office of the Children’s Commissioner (Bureau du commissaire à l’enfance) au Royaume-Uni a révélé que « de nombreux éléments de preuve suggèrent qu’un nombre important d’abus sexuels d’enfants sont commis par des parents proches ou des personnes connues de la victime. Les victimes peuvent être aussi bien des garçons que des filles, mais la majorité d’entre elles sont des filles[73] ».

Affreuses féministes anti-porno qui osent faire campagne contre les abus sexuels d’enfants. C’est vraiment diabolique. Califia tente ensuite de présenter les objections à la pédophilie comme une forme d’homophobie et se plaint que « à la fin des années 70, les lois sur la pédopornographie et le détournement de mineur étaient appliquées de manière disproportionnée contre les homosexuels qui avaient des relations sexuelles avec des adolescents [aussi appelés enfants][45] ». Si tout cela vous rappelle quelque chose, c’est peut-être parce que nous voyons actuellement des féministes se faire attaquer et qualifier de « transphobes » pour la raison qu’elles s’efforcent de protéger les enfants.

L’ouvrage de Rubin, qui constitue une pièce maîtresse de la théorie queer, expose l’existence d’un programme. Cette phrase – « les individus sadomasochistes qui préfèrent les rencontres intergénérationnelles » – édulcore l’horreur de ce qu’elle souhaite normaliser : on parle de personnes qui agressent et abusent sexuellement des enfants. Rubin se lamente de ce que « la loi soit particulièrement féroce dans le maintien d’une séparation entre l’innocence de l’enfance et la sexualité de l’adulte[35] ». D’aucuns estimeraient qu’il s’agit là d’une chose positive. Pas selon la théorie queer. Il convient de noter que Rubin place le mot « innocence » entre guillemets, suggérant ainsi que les enfants eux-mêmes sont actifs et désireux d’être victimes de leurs propres abus. En cela, nous pouvons détecter les ondulations de la pensée de Foucault. Enfin, Rubin dénonce la manière dont « les adultes qui s’écartent trop des normes conventionnelles de conduite sexuelle se voient souvent refuser tout contact avec les jeunes, même les leurs[36] ». En d’autres termes, selon Rubin et les théoriciens queer qui partagent ses vues, la législation qui interdit aux pédophiles de travailler avec des enfants représente une force d’État oppressive. Que Rubin soit de cet avis n’est pas surprenant. Le démantèlement des lois et des normes culturelles interdisant le libre exercice de la sexualité – lequel comprendrait la pédophilie – et l’élimination des limites restreignant les prérogatives de la sexualité masculine constituent des incitatifs de la théorie queer.Il se trouve qu’une ancienne partenaire de Rubin, Pat Califia, est une théoricienne queer encore plus estimée dans le milieu. Alassandra Tanesini souligne comment « Butler 1990 et Sedgwick 2008 sont souvent considérés comme les déclarations fondatrices dans le domaine [de la théorie queer] », mais « tout aussi important est Califia 2000, qui propose une défense libertaire radicale du sadomasochisme, du sexe intergénérationnel et de la pornographie[37] ». C’est ainsi, sans aucune honte, qu’au travers du travail de Pat Califia, il nous est une fois de plus donné de constater que la promotion du sadomasochisme, de la pédophilie et de la pornographie est au fondement de la théorie queer. Il est intéressant de noter que les universitaires sont conscients que Califia soutient la pédophilie, mais qu’ils ne considèrent pas cela comme un problème et continuent à enseigner ses œuvres aux étudiants comme autant d’illustrations d’une audacieuse manière de penser. Linda LeMoncheck, par exemple, professeure de philosophie à l’université d’État de Californie, s’avère très élogieuse en recommandant « pour une excellente vue d’ensemble de la position des radicaux sexuels sur la pédophilie, le S/M et d’autres types de différence sexuelle, de se référer au livre Public Sex de Pat Califia[38] ». Ainsi, sur le conseil de LeMoncheck, c’est vers Public Sex de Califia que nous nous tourno

ns maintenant.

III. Pat Califia, figure de proue de la théorie queer, a toujours plaidé en faveur de la légalisation et la normalisation de la pédophilie.

[Note du traducteur : Pat Califia est une femme qui s’identifie désormais comme un homme. Je crois. Les choses peuvent avoir changées entre-temps.] 

Califia décrit son ouvrage Public Sex comme représentant « l’essentiel de [son] travail non fictionnel de 1979 à aujourd’hui. Cela fait une décennie et demie que je m’emporte contre la répression et la censure sexuelles, et que je me vante de ma recherche d’une manière toujours plus interdite d’avoir un orgasme[39]. » Cela doit être passionnant. Dès le début de ce livre, Califia introduit les idées de « lesbienne transgenre » (une lesbienne avec un pénis) et de « sexe transgénérationnel », qu’on appelle aussi pédophilie[40]. Elle cite ensuite Jonathan Katz, un universitaire et militant queer, et Jeffery Weeks, et normalise la pédophilie en affirmant que leurs travaux « ont été particulièrement utiles et instructifs[41] ». Pour bien faire comprendre de qui elle s’inspire, il faut savoir que Weeks était par exemple remercié par l’ancien vice-président du PIE (Pedophile Information Exchange, « un groupe britannique visant à la reconnaissance des droits des pédophiles fondé en octobre 1974 et dissout en 1984 ») Warren Middleton dans ce texte propédophilie :

 

 

Dans un texte intitulé No Minor Issues : Age of Consent, Child Pornography, and Cross-generational Relationships (« Pas des problèmes mineurs : âge du consentement, pédopornographie et relations intergénérationnelles ») écrit en 2000, Califia soutient que toutes les lois concernant l’âge du consentement devraient être abrogées[42]. Elle décrit ensuite en détail la disponibilité des images d’abus d’enfants et déplore « l’adoption en 1977 de lois fédérales contre [les images d’abus d’enfants] » qui auraient « garanti qu’elles disparaîtraient des rayons des livres pour adultes[43] ». Qui peut bien déplorer que des images d’abus sexuels d’enfants soient interdites ? Califia s’est dit consternée par le fait que « les féministes anti-porno et les policiers et politiciens anti-gay continuent de parler d’un problème croissant de pédopornographie[44] ».

De manière attendue, Califia utilise le non-argument selon lequel s’opposer à ce que des adultes abusent sexuellement de personnes n’ayant pas atteint l’âge du consentement relève de l’âgisme. Elle affirme que « nous nous efforçons de lutter contre l’âgisme, mais nous n’incluons pas vraiment les femmes lesbiennes et bisexuelles mineures dans notre communauté[68] ». Califia essaie encore de brouiller les pistes en occultant le fait que 98% des personnes qui abusent sexuellement des enfants sont des hommes. Elle fait appel aux sentiments en écrivant que « les gouines adolescentes devraient faire des expériences sexuelles et romantiques entre elles. Mais lorsqu’elles sont piégées dans des écoles, des quartiers […] où le fait de se faire traiter de gouines les expose au harcèlement et aux agressions, combien de jeunes lesbiennes peuvent se permettre de sortir du placard ou de chercher à rencontrer d’autres personnes comme elles[69] ? » Au lieu de s’attaquer à la culture de l’intimidation et de la non-acceptation, elle s’en prend aux lois sur l’âge du consentement et la protection des enfants. Allez comprendre. Après avoir passé tout un article à déplorer l’ingérence de l’État dans la vie des citoyens et l’activité sexuelle des enfants, elle fait une volte-face remarquable. Selon Califia, « l’État n’est pas disposé à prendre les mesures radicales qui seraient nécessaires pour protéger les enfants victimes d’adultes maltraitants. Cela impliquerait de remettre en question la propriété des parents sur leurs enfants. De fournir des alternatives viables à la famille[70]. » Cette déclaration fait froid dans le dos, Califia en a assez que les parents protègent leurs enfants contre les abus sexuels et propose de leur en retirer la garde. Ce revirement concernant l’intervention de l’État illustre l’inconséquence de la théorie queer, qui se contorsionne et se déforme pour faire avancer les droits sexuels des hommes au moyen de tous les (non-)arguments nécessaires.

Le collectif pédophile qui reproduit son article en ligne nous fournit une note d’espoir. Ils rapportent que « Dans la deuxième édition de Public Sex, The Culture of Radical Sex, Pat Califia exprime un triste changement de position. Depuis 2000, elle n’accepte plus la possibilité pour les enfants prépubères et de nombreux jeunes adolescents de consentir à des contacts érotiques ou sexuels avec des adultes. » […] « Elle est devenue beaucoup plus cynique à l’égard des adultes et de leur capacité à écouter les enfants et, en tant que parent, elle pense davantage à faire du bien-être de l’enfant une priorité qu’au consentement. » L’expression « à faire du bien-être de l’enfant une priorité qu’au consentement » me semble indiquer que Califia et le collectif pédophile comprennent le problème, que tout « consentement » est forcé et illusoire. Néanmoins, l’influence de la théorie queer a empoisonné toute une vague du féminisme. Par exemple, l’incapacité de Sarah Beresford à s’affranchir de la théorie queer l’a amenée à se demander si les lois sur l’âge du consentement étaient protectionnistes et à « concéder que la loi actuelle sur l’âge du consentement non seulement nie la capacité d’agir des filles et des garçons de moins de 16 ans, mais les place également dans une position de passivité non autonome[71] ». Cela souligne à quel point la théorie queer est une philosophie destructrice, dangereuse, l’ultime contrecoup du féminisme.

IV. Judith Butler

La grande prêtresse du charabia de la théorie queer, Judith Butler, a pris le relais de cette réaction contre le féminisme en défendant – mais pourquoi devrions-nous être surpris ? – l’inceste. Et ce sans la moindre référence au fait que la plupart des abus sexuels familiaux d’enfants sont commis par un parent masculin sur un enfant féminin. Butler s’est plutôt appuyée sur la théorie queer pour affirmer qu’en s’opposant à l’inceste et en légiférant contre lui, les États renforçaient l’hétérosexualité. Dans son galimatias le plus célèbre – Trouble dans le genre – elle écrit : « Le tabou de l’inceste est la loi juridique qui prohiberait les désirs incestueux tout en construisant certaines subjectivités genrées par le mécanisme de l’identification obligatoire. Mais qu’est-ce qui garantit l’universalité ou la nécessité de cette loi[72] ? » La nécessité de la loi contre l’inceste découle des dommages que les abus sexuels des enfants, et en particulier les abus sexuels d’enfants interfamiliaux, causent aux survivants. La loi est également nécessaire en raison de sa prévalence. Une étude menée par l’Office of the Children’s Commissioner (Bureau du commissaire à l’enfance) au Royaume-Uni a révélé que « de nombreux éléments de preuve suggèrent qu’un nombre important d’abus sexuels d’enfants sont commis par des parents proches ou des personnes connues de la victime. Les victimes peuvent être aussi bien des garçons que des filles, mais la majorité d’entre elles sont des filles[73] ».

Califia explique qu’elle est très heureuse de connaitre « plusieurs hommes gays qui se disaient fièrement amoureux des garçons (boylovers) », de fréquenter des pédophiles, et décrit les abus sexuels d’enfants comme une « initiation érotique[46] ». Encore une fois : cette personne est considérée comme une figure majeure de la théorie queer. Califia écrit que « ce que les flics appelaient “protection des enfants” ressemblait à une répression des jeunes homosexuels[47] ». Ces arguments sont de retour aujourd’hui, lorsque les politiques de protection de l’enfance sont qualifiées de « transphobie ». Califia compare des adolescents ayant des relations sexuelles entre eux à des adultes abusant sexuellement d’enfants. Elle compare l’opposition au fait d’enseigner aux enfants et aux adolescents que la pédophilie est une expérience sexuelle acceptable, voire potentiellement désirable, à l’éducation sexuelle fondée sur l’abstinence, prônée par la droite chrétienne. Bon sang, mais c’est bien sûr ! Les féministes parviennent à défendre l’éducation sexuelle et relationnelle sans promouvoir la pédophilie auprès des enfants et des adolescents. La théorie queer regorge de ce genre de sophismes de l’épouvantail, souvent avancés afin de rationaliser l’idée de convaincre l’enfant d’accepter d’être abusé.

Parallèlement à ses arguments propédophiles publiés dans Public Sex, Califia n’a cessé, tout au long de sa carrière, de plaider pour la légalisation et la normalisation de la pédophilie. Son article intitulé “Feminism, Paedophilia, and Children’s Rights” (« Féminisme, pédophilie et droits de l’enfant »), publié pour la première fois dans le magazine pédophile Paidika, aujourd’hui interdit, est actuellement hébergé sur le site web d’un collectif propédophile[48]. Califia était non seulement consciente, mais aussi enthousiaste à l’idée que son travail serait publié dans un journal européen consacré à la pédophilie. Elle s’est vantée du fait que cet article « serait traduit en néerlandais et publié à l’étranger dans un numéro spécial de Paidika sur les femmes et la pédophilie » et a affirmé : « je soutiens Paidika et apprécie de travailler avec les rédacteurs de ce numéro spécial[49] ». Califia, considérée comme un titan de la théorie queer, a donc publiquement affirmé son soutien des pédophiles. Contrairement à Rubin, elle a cependant admis que la plupart des gays et des lesbiennes ne voulaient rien avoir à faire avec les abus sexuels d’enfants en déclarant qu’elle savait qu’elle « ne pourrait probablement pas faire publier quoi que ce soit sur ce sujet aujourd’hui dans la presse gay et lesbienne américaine[50] ». Hourra ! Califia donne le ton dès le début de l’article, en expliquant avoir publié, en 1980, « un article en deux parties dans The Advocate, critiquant les lois américaines sur l’âge du consentement », contribuant ainsi au déplacement de la fenêtre d’Overton[51]. Lorsque la théorie queer converge avec la législation, elle semble raisonnable.

Califia se lamente par la suite de ce que nombre de féministes la honnissent : « Doc and Fluff, mon récent roman de science-fiction, a été interdit par certaines librairies féminines parce qu’il est censé dépeindre une relation lesbienne transgénérationnelle, et j’ai été attaquée comme “défenseuse de la molestation des enfants” dans la presse féministe[52]. » Remarquez à nouveau ce terme : « transgénérationnel ». Ce qu’il signifie : pédophilie. Elle soutient, toujours dans le même article, que « la campagne du gouvernement américain contre les droits sexuels des jeunes a connu un tel succès que la plupart des gays, des lesbiennes et des féministes sont convaincus que le mouvement d’abrogation des lois sur l’âge du consentement n’était rien d’autre qu’une tentative de garantir à des adultes rapaces le droit d’abuser d’enfants vulnérables[53] ». Oui. C’est exact. Cependant, la plupart des gens et des féministes comprennent la nocivité de l’abus sexuel d’enfant sans l’aide du gouvernement américain. Califia a prétendu qu’en refusant d’accepter la NAMBLA dans son mouvement, « la communauté gay adulte d’ici a coupé sa prochaine génération[54] ». Non, elle protège les enfants des abus sexuels. Califia explique ne connaitre que « très peu de lesbiennes, et encore moins de gays, qui ont attendu d’avoir dix-huit ans pour faire leur coming out[55] ». L’âge du coming out ne devrait pas ouvrir la porte aux abus sexuels. Il est intéressant de noter que Califia ne critique pas le fait que les gays et les lesbiennes doivent faire leur coming out parce que l’hétérosexualité est culturellement considérée comme « normale ». Elle soutient ensuite que les abus sexuels commis sur les enfants sont désirés par l’enfant, affirmant que « la plupart d’entre nous étaient conscients, bien avant la puberté, que nous voulions être proches des membres de notre propre sexe ou avoir des relations sexuelles avec eux[56] ». Elle s’emporte contre le fait que « la plupart des militants américains pour les droits des homosexuels et des lesbiennes-féministes font preuve » de « suspicion et de haine » envers « la pédophilie[57] ». Oui, c’est exact. Enfin une figure de proue de la théorie queer admettant que la pédophilie n’est pas la bienvenue dans la communauté de l’arc-en-ciel !

Les théoriciens queer comme Califia conceptualisent le féminisme comme un mouvement puritain pour la raison qu’il défend des interdits concernant les femmes et les filles[58]. Califia affirme que « le mouvement féministe anti-pornographie reflète un conservatisme croissant dans la société américaine sur toutes les questions sexuelles. Au fur et à mesure que les conditions économiques se détérioraient, les gens ont commencé à se tourner vers les “valeurs traditionnelles” pour obtenir un sentiment de sécurité et de sûreté[59]. » Les connotations et les liens que Califia établit sont clairs. Elle déplore que ses détracteurs féministes l’aient qualifiée de « perverse et de défenseuse du viol, des coups et blessures et de la maltraitance des enfants[60] ». (Eh bien, si tu ne souhaites pas qu’on te le reproche, ne le fais pas.) Néanmoins, Califia, en tant que partisane de la théorie queer, doit nécessairement soutenir la « transformation » des frontières sexuelles comme une chose intrinsèquement bonne. Les deux théories – féminisme et queer – s’opposent totalement. La théorie de Califia et du queer n’a pas seulement été attaquée par les féministes, mais elle est si manifestement dépourvue de morale que même les ennemis du féminisme – les conservateurs – expriment des sentiments similaires. Califia répond à ces critiques que « la panique liée à la pédopornographie et à la pédophilie qui a secoué la société américaine depuis les années 70 est inséparable du déni de notre société des défauts et des échecs de la famille ». Encore une fois, bon sang, mais c’est bien sûr. L’argument de Califia selon lequel de nombreux enfants sont assassinés par leur famille ne signifie en rien que la pédopornographie ne serait pas mauvaise. Califia tente ensuite d’aligner la théorie propédophilie et la théorie queer sur des mouvements véritablement progressistes. Elle affirme que « les croisades morales ont également été utilisées pour attaquer le féminisme et les droits des homosexuels, et aucun de ces mouvements progressistes n’a réussi à se défendre contre de telles attaques ou à en présenter une analyse complète[61] ». Malgré sa condamnation du féminisme et son admission du fait que la promotion des abus sexuels d’enfants n’a aucun lien avec le mouvement pour les des droits des homosexuels et des lesbiennes, qui s’y oppose, la théorie queer, que défend Califia, continue de se réfugier sous la bannière du féminisme et de l’arc-en-ciel.

Les chercheurs de l’Office of the Children’s Commissioner (Bureau du commissaire à l’enfance) ont en outre établi, sur la base de « preuves récentes, que le jeune “typique” ayant un comportement sexuellement préjudiciable est un homme blanc qui commet des actes d’agression sexuelle contre des enfants (filles et garçons) membres de sa famille[74] ». Ces jeunes hommes blancs abuseurs sexuels et violeurs deviendront des violeurs adultes et pourront compter sur le soutien des théoriciens queer pour défendre leur transgression des limites et des normes sexuelles. Il s’agit d’une des raisons pour lesquelles ce mouvement pour les droits sexuels des hommes – la théorie queer – est s’oppose diamétralement au féminisme. La reconnaissance, puis l’interdiction culturelle et juridique de l’inceste en tant que forme d’abus sexuel de l’enfant constituaient une cause défendue par les féministes de la deuxième vague, celles que l’on qualifie aujourd’hui de TERF. Louise Armstrong a analysé comment « le problème de l’inceste, qui est un problème politique, un problème de violence envers les femmes et les enfants, un problème qui appartient au féminisme, a été soulevé par le mouvement féministe aux États-Unis[75] ». Gillian Harkins a pareillement souligné comment « les chercheuses féministes ont brisé le “silence” de cette conspiration patriarcale lorsqu’elles ont documenté l’inceste comme une forme courante d’abus sexuel d’enfants. […] l’étape suivante […] a consisté à utiliser ces recherches afin d’intervenir dans les domaines de la justice pénale et de la protection de l’enfance[76] ». Avant l’agitation féministe des années 1970, « l’inceste était traité comme une violation isolée d’une conduite normative appropriée », il était couvert par les lois sur le mariage plutôt que par le viol[77]. C’est contre la catégorisation de l’inceste en viol, défendue par les féministes, que Butler et d’autres théoriciens queer se battent.

Tout en s’opposant aux mesures juridiques visant les abus sexuels d’enfants intrafamiliaux, Butler soutient que la loi contre l’inceste produit l’inceste et le désir d’abuser sexuellement des enfants. Butler raisonne à propos du tabou de l’inceste en disant que « le tabou ne fait pas qu’interdire et dicter certaines formes à la sexualité, il produit aussi de manière fortuite une variété de désirs et d’identités de substitution[78] ». Comment Butler parvient-elle à cet argument ? Eh bien, comme elle l’explique : « Si l’on étend la critique foucaldienne au tabou de l’inceste », ce tabou « pourrait se comprendre comme ce qui crée et soutient le désir pour la mère/le père, y compris le déplacement obligatoire de ce désir[79] ». Butler occulte ce fait que dans la majorité des cas d’abus sexuels incestueux sur des enfants, les auteurs sont des parents de sexe masculin qui abusent sexuellement d’enfants de sexe féminin, et projette le désir d’abus sur l’enfant. Des recherches américaines ont montré que « plus la victime est jeune, plus il est probable que l’agresseur soit un membre de la famille » et que, « parmi les agresseurs d’enfants de moins de six ans, 50 % étaient des membres de la famille. Les membres de la famille représentaient également 23% des personnes abusant d’enfants âgés de 12 à 17 ans[80]. » Malgré ces faits, Butler promeut « la légitimité et […] la légalité de zones publiques d’échange sexuel, du sexe intergénérationnel, de l’adoption hors mariage, du développement de la recherche et des tests concernant le SIDA, et des politiques liées aux personnes transgenres[81] ». Énième illustration de la manière dont les théoriciens queer associent abusivement leur défense de la pédophilie ou de l’inceste avec des arguments légitimes visant à faire avancer les droits des gays et des lesbiennes, afin de rendre leur discours plus difficile à attaquer.

Les réflexions de Butler sur le consentement sexuel doivent être lues en gardant à l’esprit sa défense de l’inceste. Butler a soutenu, de façon générale, que le consentement était problématique parce que parfois « les personnes ont consenti, mais n’apprécient pas de l’avoir fait[82] ». Il s’agit d’un blâme classique de la victime, d’une négation du concept féministe d’un consentement en continuelle négociation. Les enfants peuvent consentir à des activités parce qu’ils n’en comprennent pas les implications, parce qu’ils ont été contraints, conditionnés ou simplement en raison des différences de pouvoir entre un enfant et un adulte plus âgé. Les enfants sont socialement préparés à faire ce qu’on leur dit du moment que l’instruction émane d’une figure d’autorité telle qu’un parent. Le consentement est illusoire. Tout en discutant du consentement sexuel, Butler conçoit le consentement comme le fait de franchir la porte du bureau d’un analyste et soutient que « en d’autres termes, puisque quelqu’un peut “avoir des problèmes” avec le consentement, qui deviennent matériels au cours d’une session analytique, cette personne met également en action le problème du transfert en consentant à franchir la porte du bureau de l’analyste[83] ». Seulement, le consentement sexuel et le consentement à pénétrer physiquement dans le corps de quelqu’un ne sont pas marginalement, mais extrêmement différents du consentement à commencer une session de thérapie. Cette rhétorique de changement d’objet est une tactique courante de Butler et d’autres théoriciens queer visant à embrouiller le lecteur et dissimuler ce qu’ils disent vraiment. L’idée de Butler selon laquelle « cette personne met également en action le problème du transfert en consentant à franchir la porte du bureau de l’analyste » ne peut pas être considérée comme féministe. Contrairement à Butler, les féministes soutiennent que ce n’est pas parce que la personne a franchi la porte que son consentement est transféré. La personne a seulement consenti à certaines choses spécifiques et ce consentement peut prendre fin à tout moment. Les propos de Butler sont au fondement de la théorie queer, et mettent en lumière son caractère antiféministe.

Dr. Em

Traduction : Nicolas Casaux


  1. La législation sur l’âge du consentement et le viol constituait un élément important du programme du féminisme de la première vague. Voir J. E. Larson, « Even a Worm Will Turn at Last » : Rape Reform in Late Nineteenth-Century America’, Yale Journal of Law & the Humanities, Vol. 9, no. 1 (janvier 1997), pp. 1–71. 
  2. J. C. Jones, ‘Queer Theory, Foucauldian Feminism and the Erasure of Rape Historical Notes for a Present War’, https://janeclarejones.files.wordpress.com/2018/08/queerfoucault-feminismrape.pdf 
  3. S. Beresford, ‘The Age of Consent and the Ending of Queer Theory’, Laws (2014), 3, p. 763. 
  4. A. Tanesini, Feminism : Oxford Bibliographies Online Research Guide (Oxford, Oxford University Press, 2010), p.12. 
  5. Je prépare une analyse de l’homophobie inhérente à la théorie queer. 
  6. Voir : Dr. Em, ‘Sex and Social Constructionism’, pp. 7–9. https://uncommongroundmedia.com/sex-and-social-constructionism-dr-em-banned-from-medium/ 
  7. T. Spargo, Postmodern Encounters : Foucault and Queer Theory (Icon Books, Cambridge, 2000), p. 8. 
  8. M. A. Mclaren, Feminism. Foucault, and Embodied Subjectivity (State University of New York Press, Albany, 2002), p. 144. 
  9. J. C. Jones, ‘Queer Theory, Foucauldian Feminism and the Erasure of Rape Historical Notes for a Present War’, https://janeclarejones.files.wordpress.com/2018/08/queerfoucault-feminismrape.pdf 
  10. Michel Foucault, Histoire de la sexualité I : La volonté de savoir (1976). 
  11. Ibid. 
  12. J. C. Jones, ‘Queer Theory, Foucauldian Feminism and the Erasure of Rape Historical Notes for a Present War’, pp. 11–12.<https://janeclarejones.files.wordpress.com/2018/08/queerfoucault-feminismrape.pdf 
  13. http://www.dolto.fr/fd-code-penal-crp.html 
  14. http://1libertaire.free.fr/MFoucault317.html 
  15. http://1libertaire.free.fr/MFoucault317.html 
  16. http://1libertaire.free.fr/MFoucault317.html 
  17. http://1libertaire.free.fr/MFoucault317.html 
  18. http://1libertaire.free.fr/MFoucault317.html 
  19. http://1libertaire.free.fr/MFoucault317.html 
  20. http://1libertaire.free.fr/MFoucault317.html 
  21. Entretien qui « eut lieu après la campagne de Victor Fainberg pour la libération de Vladimir Borissov de l’hôpital psychiatrique spécial de Leningrad », « campagne soutenue par la revue Change, de nombreux intellectuels, dont David Cooper et M. Foucault, et diverses organisations », et qui fut retranscrit dans un texte intitulé « Enfermement, psychiatrie, prison », publié dans le numéro 22/23 de la revue Change, en date d’octobre 1977 (texte reproduit dans le troisième tome de la compilation de textes et discours de Foucault intitulée Dits et écrits). 
  22. Notamment par Monique Plaza dans le numéro de mai 1978 de la revue Questions féministes : https://docdro.id/Arry1T3 
  23. Reading Group : Gayle Rubin Flyer 2017, Gender, Sexuality, & Women’s Studies Program, University of Pittsburgh http://www.gsws.pitt.edu/events/reading-group-gayle-rubin[Accessed 25/04/2019]. 
  24. ‘Queer Theory : Background’, Illinois University Library (Sep 18, 2018), https://guides.library.illinois.edu/queertheory/background. 
  25. G. S. Rubin, ‘Thinking Sex : Notes for a Radical Theory of the Politics of Sexuality’, in : R. G. Parker & P. Aggleton (eds.), Culture, Society and Sexuality : A Reader (Psychology Press, 1999), p. 144. 
  26. ibid. p. 146. 
  27. ibid 
  28. Ibid. 
  29. Ibid. 
  30. Ibid. 
  31. ‘ Queer Theory : A Rough Introduction’, University of Illinois Library (Sep 18, 2018), https://guides.library.illinois.edu/queertheory/background. [Accessed 06 June 2019]. 
  32. G. S. Rubin, ‘Thinking Sex : Notes for a Radical Theory of the Politics of Sexuality’, in : R. G. Parker & P. Aggleton (eds.), Culture, Society and Sexuality : A Reader (Psychology Press, 1999), p. 151. 
  33. Ibid. 
  34. Ibid. 
  35. ibid. p. 158. 
  36. Ibid. 
  37. A. Tanesini, Feminism : Oxford Bibliographies Online Research Guide (Oxford, Oxford University Press, 2010), p.12 
  38. L. LeMoncheck, Loose Women, Lecherous Men : A Feminist Philosophy of Sex (Oxford, Oxford University Press, 1997), p. 239, fn. 90 
  39. P. Califia, Public Sex : The Culture of Radical Sex, 2nd Edition (San Francisco, Cleis Press, 2000), p. xii. 
  40. ibid. pp. xvi — xvii. 
  41. ibid. p. xx. 
  42. P. Califia, Public Sex : The Culture of Radical Sex, 2nd Edition (San Francisco, Cleis Press, 2000), pp. 55–56. 
  43. ibid. p. 56. 
  44. Ibid. 
  45. Ibid. 
  46. Ibid. 
  47. Ibid. 
  48. P. Califia, ‘Feminism, Pedophilia, and Children’s Rights’, Paidika (1991), & in The Culture of Radical Sex (1994). https://www.ipce.info/ipceweb/Library/califa_feminism.htm [consulté le 30 mars 2019]. 
  49. Ibid. 
  50. Ibid. 
  51. P. Califia, ‘Feminism, Pedophilia, and Children’s Rights’, Paidika (1991), & in The Culture of Radical Sex (1994). https://www.ipce.info/ipceweb/Library/califa_feminism.htm [consulté le 30 mars 2019]. 
  52. Ibid. 
  53. Ibid. 
  54. Ibid. 
  55. Ibid. 
  56. Ibid. 
  57. Ibid. 
  58. Ibid. 
  59. Ibid. 
  60. Ibid. 
  61. Ibid. 
  62. Ibid. 
  63. Ibid. 
  64. Ibid. 
  65. Ibid. 
  66. Ibid. 
  67. https://stopabusecampaign.org/2017/03/10/most-sex-abusers-are-heterosexual/ 
  68. P. Califia, ‘Feminism, Pedophilia, and Children’s Rights’, Paidika (1991), & in The Culture of Radical Sex (1994). https://www.ipce.info/ipceweb/Library/califa_feminism.htm [consulté le 30 mars 2019]. 
  69. Ibid. 
  70. Ibid. 
  71. S. Beresford, ‘The Age of Consent and the Ending of Queer Theory’, Laws (2014), 3, p. 769. 
  72. Judith Butler, Trouble dans le genre (Éditions La Découverte, Paris, 2005, 2006, pour la traduction française). 
  73. Miranda A.H. Horvath, Julia C. Davidson, Julie Grove-Hills, Anna Gekoski, and Clare Choak, Office of the Children’s Commissioner, “It’s a lonely journey”: A Rapid Evidence Assessment on Intrafamilial child sexual abuse’ (June 2017), p. 15.https://www.childrenscommissioner.gov.uk/wp-content/uploads/2017/07/Its-a-lonely-journey-REA-on-Intrafamilial-child-sexual-abuse.pdf 
  74. ibid. pp. 11–12. 
  75. L. Armstrong, ‘Incest : A Feminist Core Issue that Needs Re-politicizing’ (2003), Vancouver Rape Relief & Women’s Shelter, https://www.rapereliefshelter.bc.ca/learn/resources/incest-feminist-core-issue-needs-re-politicizing-louise-armstrong‑0. 
  76. G. Harkins, Everybody’s Family Romance : Reading Incest in Neoliberal America (London, University of Minnesota Press, 2009), p. 59. 
  77. ibid. p. 60. 
  78. Judith Butler, Trouble dans le genre (Éditions La Découverte, Paris, 2005, 2006, pour la traduction française). 
  79. Ibid. 
  80. Darkness to Light, ‘Child Sexual Abuse Statistics’, p. 13 https://www.d2l.org/wp-content/uploads/2017/01/all_statistics_20150619.pdf 
  81. Judith Butler, Ernesto Laclau, Slavoj Zizek, Après l’émancipation, Éditions du Seuil, février 2017, pour la traduction française. 
  82. J. Butler, ‘Sexual Consent : Some Thoughts on Psychoanalysis and Law’, Columbia Journal of Gender and Law, Volume 21, Number 2 (2011), abstract. 
  83. Ibid. 

Dr. Em

Traduction : Nicolas Casaux


  1. La législation sur l’âge du consentement et le viol constituait un élément important du programme du féminisme de la première vague. Voir J. E. Larson, « Even a Worm Will Turn at Last » : Rape Reform in Late Nineteenth-Century America’, Yale Journal of Law & the Humanities, Vol. 9, no. 1 (janvier 1997), pp. 1–71. 
  2. J. C. Jones, ‘Queer Theory, Foucauldian Feminism and the Erasure of Rape Historical Notes for a Present War’, https://janeclarejones.files.wordpress.com/2018/08/queerfoucault-feminismrape.pdf 
  3. S. Beresford, ‘The Age of Consent and the Ending of Queer Theory’, Laws (2014), 3, p. 763. 
  4. A. Tanesini, Feminism : Oxford Bibliographies Online Research Guide (Oxford, Oxford University Press, 2010), p.12. 
  5. Je prépare une analyse de l’homophobie inhérente à la théorie queer. 
  6. Voir : Dr. Em, ‘Sex and Social Constructionism’, pp. 7–9. https://uncommongroundmedia.com/sex-and-social-constructionism-dr-em-banned-from-medium/ 
  7. T. Spargo, Postmodern Encounters : Foucault and Queer Theory (Icon Books, Cambridge, 2000), p. 8. 
  8. M. A. Mclaren, Feminism. Foucault, and Embodied Subjectivity (State University of New York Press, Albany, 2002), p. 144. 
  9. J. C. Jones, ‘Queer Theory, Foucauldian Feminism and the Erasure of Rape Historical Notes for a Present War’, https://janeclarejones.files.wordpress.com/2018/08/queerfoucault-feminismrape.pdf 
  10. Michel Foucault, Histoire de la sexualité I : La volonté de savoir (1976). 
  11. Ibid. 
  12. J. C. Jones, ‘Queer Theory, Foucauldian Feminism and the Erasure of Rape Historical Notes for a Present War’, pp. 11–12.<https://janeclarejones.files.wordpress.com/2018/08/queerfoucault-feminismrape.pdf 
  13. http://www.dolto.fr/fd-code-penal-crp.html 
  14. http://1libertaire.free.fr/MFoucault317.html 
  15. http://1libertaire.free.fr/MFoucault317.html 
  16. http://1libertaire.free.fr/MFoucault317.html 
  17. http://1libertaire.free.fr/MFoucault317.html 
  18. http://1libertaire.free.fr/MFoucault317.html 
  19. http://1libertaire.free.fr/MFoucault317.html 
  20. http://1libertaire.free.fr/MFoucault317.html 
  21. Entretien qui « eut lieu après la campagne de Victor Fainberg pour la libération de Vladimir Borissov de l’hôpital psychiatrique spécial de Leningrad », « campagne soutenue par la revue Change, de nombreux intellectuels, dont David Cooper et M. Foucault, et diverses organisations », et qui fut retranscrit dans un texte intitulé « Enfermement, psychiatrie, prison », publié dans le numéro 22/23 de la revue Change, en date d’octobre 1977 (texte reproduit dans le troisième tome de la compilation de textes et discours de Foucault intitulée Dits et écrits). 
  22. Notamment par Monique Plaza dans le numéro de mai 1978 de la revue Questions féministes : https://docdro.id/Arry1T3 
  23. Reading Group : Gayle Rubin Flyer 2017, Gender, Sexuality, & Women’s Studies Program, University of Pittsburgh http://www.gsws.pitt.edu/events/reading-group-gayle-rubin[Accessed 25/04/2019]. 
  24. ‘Queer Theory : Background’, Illinois University Library (Sep 18, 2018), https://guides.library.illinois.edu/queertheory/background. 
  25. G. S. Rubin, ‘Thinking Sex : Notes for a Radical Theory of the Politics of Sexuality’, in : R. G. Parker & P. Aggleton (eds.), Culture, Society and Sexuality : A Reader (Psychology Press, 1999), p. 144. 
  26. ibid. p. 146. 
  27. ibid 
  28. Ibid. 
  29. Ibid. 
  30. Ibid. 
  31. ‘ Queer Theory : A Rough Introduction’, University of Illinois Library (Sep 18, 2018), https://guides.library.illinois.edu/queertheory/background. [Accessed 06 June 2019]. 
  32. G. S. Rubin, ‘Thinking Sex : Notes for a Radical Theory of the Politics of Sexuality’, in : R. G. Parker & P. Aggleton (eds.), Culture, Society and Sexuality : A Reader (Psychology Press, 1999), p. 151. 
  33. Ibid. 
  34. Ibid. 
  35. ibid. p. 158. 
  36. Ibid. 
  37. A. Tanesini, Feminism : Oxford Bibliographies Online Research Guide (Oxford, Oxford University Press, 2010), p.12 
  38. L. LeMoncheck, Loose Women, Lecherous Men : A Feminist Philosophy of Sex (Oxford, Oxford University Press, 1997), p. 239, fn. 90 
  39. P. Califia, Public Sex : The Culture of Radical Sex, 2nd Edition (San Francisco, Cleis Press, 2000), p. xii. 
  40. ibid. pp. xvi — xvii. 
  41. ibid. p. xx. 
  42. P. Califia, Public Sex : The Culture of Radical Sex, 2nd Edition (San Francisco, Cleis Press, 2000), pp. 55–56. 
  43. ibid. p. 56. 
  44. Ibid. 
  45. Ibid. 
  46. Ibid. 
  47. Ibid. 
  48. P. Califia, ‘Feminism, Pedophilia, and Children’s Rights’, Paidika (1991), & in The Culture of Radical Sex (1994). https://www.ipce.info/ipceweb/Library/califa_feminism.htm [consulté le 30 mars 2019]. 
  49. Ibid. 
  50. Ibid. 
  51. P. Califia, ‘Feminism, Pedophilia, and Children’s Rights’, Paidika (1991), & in The Culture of Radical Sex (1994). https://www.ipce.info/ipceweb/Library/califa_feminism.htm [consulté le 30 mars 2019]. 
  52. Ibid. 
  53. Ibid. 
  54. Ibid. 
  55. Ibid. 
  56. Ibid. 
  57. Ibid. 
  58. Ibid. 
  59. Ibid. 
  60. Ibid. 
  61. Ibid. 
  62. Ibid. 
  63. Ibid. 
  64. Ibid. 
  65. Ibid. 
  66. Ibid. 
  67. https://stopabusecampaign.org/2017/03/10/most-sex-abusers-are-heterosexual/ 
  68. P. Califia, ‘Feminism, Pedophilia, and Children’s Rights’, Paidika (1991), & in The Culture of Radical Sex (1994). https://www.ipce.info/ipceweb/Library/califa_feminism.htm [consulté le 30 mars 2019]. 
  69. Ibid. 
  70. Ibid. 
  71. S. Beresford, ‘The Age of Consent and the Ending of Queer Theory’, Laws (2014), 3, p. 769. 
  72. Judith Butler, Trouble dans le genre (Éditions La Découverte, Paris, 2005, 2006, pour la traduction française). 
  73. Miranda A.H. Horvath, Julia C. Davidson, Julie Grove-Hills, Anna Gekoski, and Clare Choak, Office of the Children’s Commissioner, “It’s a lonely journey”: A Rapid Evidence Assessment on Intrafamilial child sexual abuse’ (June 2017), p. 15.https://www.childrenscommissioner.gov.uk/wp-content/uploads/2017/07/Its-a-lonely-journey-REA-on-Intrafamilial-child-sexual-abuse.pdf 
  74. ibid. pp. 11–12. 
  75. L. Armstrong, ‘Incest : A Feminist Core Issue that Needs Re-politicizing’ (2003), Vancouver Rape Relief & Women’s Shelter, https://www.rapereliefshelter.bc.ca/learn/resources/incest-feminist-core-issue-needs-re-politicizing-louise-armstrong‑0. 
  76. G. Harkins, Everybody’s Family Romance : Reading Incest in Neoliberal America (London, University of Minnesota Press, 2009), p. 59. 
  77. ibid. p. 60. 
  78. Judith Butler, Trouble dans le genre (Éditions La Découverte, Paris, 2005, 2006, pour la traduction française). 
  79. Ibid. 
  80. Darkness to Light, ‘Child Sexual Abuse Statistics’, p. 13 https://www.d2l.org/wp-content/uploads/2017/01/all_statistics_20150619.pdf 
  81. Judith Butler, Ernesto Laclau, Slavoj Zizek, Après l’émancipation, Éditions du Seuil, février 2017, pour la traduction française. 
  82. J. Butler, ‘Sexual Consent : Some Thoughts on Psychoanalysis and Law’, Columbia Journal of Gender and Law, Volume 21, Number 2 (2011), abstract. 
  83. Ibid. 
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