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bouhamidimohamed

Kouider Khattar - L'Imam, Chikha Jenia et Salmane Rushdie.

15 Août 2022 , Rédigé par bouhamidi mohamed

Kouider Khattar - L'Imam, Chikha Jenia et Salmane Rushdie.
 
  L'Imam, Chikha Jenia* et Salmane Rushdie. Kouider Khattar*
 
 
*Kouider Khettar publie quotidiennement des poèmes ou courtes nouvelles, d'une grande densité, sur la vie du monde rural algérien. Il connait et aime ce monde, est imprégné de sa culture profonde et de ses dissidences artistiques comme de ses convenances et orthodoxies. Ce texte écrit, il y a quelques jours, est un souvenir des retombées de l'affaire Rushdie sur un petit village de la steppe algérienne, un soir d'hiver et en pleine période de résistance populaire au terrorisme menée par le peuple algérien dans les Groupe de Légitime Défense, à côtés des groupes de patriotes et de l'ANP.
Kouider a également été un militant actif des luttes populaires de ce monde rural.
*Cheikha Djenia bent Saïda
(Djenia : féminin de Djinn - bent Saïda : native de Saïda, capitale de la région agro-^pastorale du sud-ouest algérien)
est une chanteuse raï du country algérien hard, très sensuel ).
 
Des journées courtes et froides, figées par le gel mordant des hautes plaines du Sud Ouest du Telagh.
le soleil court vite ,il ne chauffe pas ,il est hâtif. Il se lève tard et se couche tôt.
Le soleil a peur, il dissipe ses lumières, il abandonne ses lueurs aux ombres du soir.
la nuit ferme les routes, les chemins de traverse et les pistes, elle ferme les villages, les hameaux, les champs et les parcours de la steppe.
Elle cadenasse les portes et les fenêtres. Elle fait rentrer les hommes et les bêtes.
En ces temps là, on n'emprunte pas la route au delà de 15 h.
J'avais pour tâche de réaliser des travaux tonométriques pour l'aménagement d'un lotissement d'habitat rural au profit des citoyens des zones éparses, souvent menacés ou victimes d'attentats terroristes.
Travailler toute la journée et prendre la route sur Oran, sur une distance de deux cent (200) kilomètres, me destinait à l'abattoir des faux barrages, à la décapitation ou à l'enlèvement.
Des citoyens de la localité, patriotes, membres des GLD(Groupe de Légitime Défense) se proposèrent d'assurer ma sécurité et m'offrir le gîte et le couvert...
Une agglomération rurale à dominante agro-pastorale, sécurisée par ses propres citoyens.
Mon collègue de besogne et moi sommes accueillis chez un brave 'habitant,.
On s'installe confortablement dans Le salon des invités, Beït e'dhief.
Des voisins, les deux 'instituteurs de l'école et l'infirmier du hameau ont été invités au partage.
La soirée a été rehaussée par la présence de l'Imam de la mosquée.
Le diner est servi, tout juste après l'office de la prière du ICHA.
Nous étions très peu loquaces, nos hôtes et les autres invités aussi.
Des discussions très "impersonnelles", sans fonds, sans teneur, sans couleur, sans idéologie, prudentes. On échange sur la mercuriale de la pomme de terre, l'arrivée des nuages, des paroles qui n'engagent en rien.
De la méfiance de la prudence de la peur dans la convenance et la convivialité. On n'exprime pas ses opinions. Nous échangeons des amabilités, on discute neutre à blanc de peur d'être taxé, on se scrute discrètement derrière des sourire affables, on se jauge sans aboutir...
Et c'est l'imam, trempé dans l'oralité, la lecture du verbe et le tafssir(1) de la parole, débloque la situation et détend l'atmosphère.
Il connaissait tout le monde, sauf mon camarade de travail et moi même.. Il ne posait pas de questions, c'était indélicat, inconvenant et irrévérencieux. Mais il n'hésitait pas à faire des réflexions sur la ville, la cherté de la vie, le programme TV.. et attendre mes réactions...
Je décline, mon identité, ma provenance, les raisons de ma présence parmi eux, j'ajoute aussi quelques éléments de mon C. V. de simple citoyen ...
L'imam est mis à l'aise:
-Bienvenue parmi nous! Vous êtes des nôtre!
Il s'adresse à notre hôte
- Et maintenant , Ô maître de céans,
merci pour ton hospitalité, continue dans ta générosité, enclanche la cassette vidéo de chikha Jennia,
je veux partager les complaintes de Chikha et le spleen de la flûte avec nos invités d'Oran.
C'était le temps des cassettes vidéo
PAL et SECAM
Mis en confiance par les amicales provocations de l'imam, très à l'aise, je l'interpelle:
-Ya chikhna (2), vous venez tout juste de quitter le minbar de la mosquée, après la prière du ICHA, et vous voulez veiller avec les chansons de Jenia ,l'impudique, la proscrite?
L''imam
-بعد العشاء افعل ما تشاء
-Ba3d el Icha f3el ma tacha!(après la dernière prière, fais ce qui te plaît).
-ya hbibi! (3) j'ai terminé mon office, j'ai le droit de me prélasser et écouter un peu de musique.
Et puis vous qui habitez la ville!
Vous avez des bibliothèques et des librairies, pouvez me ramener un exemplaire, en arabe, du fameux livre de Salmane Rushdie.
Le livre au titre insultant et provocateur
Je veux lire cette publication, tant vantée par les radios et TV de l'occident.
Je veux lire ce texte, l'étudier, le commenter et répondre aux questionnements des uns et des autres.
Est ce un bon livre?
Est ce une publication de diversion, de provocation ou d'imposture?
Il faut en découdre, par la lecture!
Les propos d'un imam dans la nuit glaciale de la steppe,en1995.
Kouider Khattar.
1- Tafssir : exégèse, interprétation.
2-Ya chikhna : ô notre cheikh
3- ô mon ami.
 
 
 
 
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