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bouhamidimohamed

Novembre et le « paradigme de la lutte armée. ». Par Abdelalim Medjaoui

7 Janvier 2020 , Rédigé par bouhamidi mohamed Publié dans #-Algérie, #-Armée, #-Politique, #ANP, #Algérie, #Hirak, #Histoire d'Algérie, #Guerre d'Algérie, #Histoire., #libération nationale - luttes idéologiques.

Nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954 : l'ALN donne le coup d'envoi de la  Révolution Algérie

Avant de commencer, je te fais parvenir, ami Daho, la demande d’un lecteur qui voudrait voir précisée la référence de cette affirmation (in Naqd – éd. spéciale/11.12.1960) : (le PPA) « seul parti qui, à la suite de l'Etoile nord-africaine, avait écrit dans son programme l'indépendance totale de l'Algérie ».

Cet ami m’a aussi fait parvenir cet extrait de la Déclaration du bureau politique du PPA du 10 avril 1937 (écrite par Messali), faite au lendemain de la légalisation du Parti :

« Le Parti du peuple algérien a pour tâche immédiate la lutte pour l'amélioration morale et matérielle des Algériens (...). Il travaillera pour l'émancipation totale de l'Algérie, sans pour cela se séparer de la France. Par conséquent, l'Algérie émancipée, en jouissant des libertés démocratiques qu'elle aura conquises au courant de son action, ayant ainsi une autonomie administrative, politique, économique à l'intérieur, elle s'intègrera librement dans le système de sécurité collectif français de la Méditerranée. » [n’est pas indiquée la référence de cette déclaration.]

Je corrige ici une information inexacte venue dans ma dernière intervention. Elle concerne la réunion où Ben Abdelmalek Ramdane a fait son intervention à la place de Ben M’hidi, élu mais plus activement recherché : j’ai dit que c’était une réunion du CC tenue dans la légalité (coloniale) pour empêcher les gens de l’OS d’y assister. En fait, c’était la réunion du congrès du PPA-MTLD d’avril 1953. Donc la manœuvre organique est plus grave, touchant une rencontre où se décide la ligne du parti, les réunions du CC entre deux congrès étant consacrées à la mise en œuvre des décisions adoptées : ce procédé oblique préparait à la transformation du parti en simple MTLD qui œuvre dans le seul cadre légal…

***

Comme promis, je continue ici le débat à l’occasion de la prise de position de M. Harbi « face à la déclaration du 1er novembre 1954 ». Je vais m’y prendre en revisitant, avec lui, le processus révolutionnaire enclenché par cette déclaration historique. C'est-à-dire en éclairant les idées condensées dans son court texte par ce qu’il en a dit antérieurement.

Car pour celui qui n’a pas lu les productions de M. Harbi sur le sujet, il est très difficile de le suivre dans ce concentré de récit qui parait téléologique concernant l’armée de notre pays : partant de sa naissance, dans la suite logique de l’affirmation de l’OS, à l’installation du FLN en 1962, à l’armée d’aujourd'hui qui doit rassurer le « hirak » en disant qu’elle n’est pas la poursuite du « paradigme de la lutte armée » dans lequel le FLN aurait enfermé le peuple, qu’elle n’est pas une armée de dictature…

Si, dans une première intervention, j’ai trouvé utile de clarifier l’origine de l’OS, cette injonction à l’armée de l’État algérien m’amène d’emblée à faire les remarques suivantes :

L’armée qui se proclame aujourd'hui « novembriste » tirant son origine de l’OS et de cette ALN qui a pulvérisé l’Algérie française, est le résultat d’une évolution, fruit de luttes politiques sous-tendues par des intérêts de classe ; une évolution poursuivant le cours qui avait marqué la crise de fin du mouvement national. J’aurai l’occasion, dans une prochaine intervention, de donner mon avis et des éléments d’information sur ces luttes d’avant Novembre… Au bout de cette évolution, l’armée est-elle bien ce qu’elle se dit ?

1-. La volonté des « 22 » anciens de l’OS s’est concrétisée dans les petits groupes mal armés mis en place à partir du 1er novembre 1954 ; la Soummam les a mieux structurés…

Quel heureux hasard a fait que j’ai eu l’honneur de rejoindre ces groupes, justement pendant que se tenait cette rencontre historique marquante ! Je ne peux résister au plaisir de rappeler des moments forts de mon court passage dans l’ALN. Dans ce coin de la Medjana[1] où j’ai été affecté en ce mois

 

[1]. Berceau de la lutte dirigée là par le khalifa Bensalem de notre grand Émir, puis par les Mokrani lors de la grande révolte de 1871,

d’août mémorable, j’ai pu, moi le débutant en Médecine, venu là avec la petite équipe d’universitaires assurer un service public jamais fourni dans ce coin du pays depuis l’occupation coloniale, faire le diagnostic d’un mal de Pott au genou d’une paysanne !

La Soummam a donné un statut au service de santé de la zone 1 de la wilaya 3. Mon ami et notre chef – le regretté Nani, Si Ahmed Bouderba – a été intégré au Conseil de la zone dirigé par le capitaine Si H’mimi[1]… ceci pour dire la considération que l’ALN nous montrait, nous autres intellectuels… 

Et surtout j’ai retrouvé une héroïne, Doudja, que j’avais connue à Alger dans le réseau dirigé par une autre héroïne, Nefissa, dont l’hôpital ex Parnet porte aujourd'hui le nom. J’ai eu encore cet honneur de travailler avec ces deux héroïnes qui ont été parmi celles qui ont secoué notre société, comme l’a démontré F. Fanon dans L’An V de la Révolution algérienne[2]. Le chef de la wilaya, misogyne, avait décrété les infirmières "persona non grata" et les sommait de rejoindre la Tunisie. Doudja a été parmi celles qui ont refusé d’obtempérer – voyez-vous, à Si Nacer (Mohammedi Saïd) ! Allah Yaghfarlou –, malgré les menaces et sans doute des mesures vexatoires et humiliantes. Bientôt la rejoignait Louisa, venue de Bejaïa. Elles ont tenu tête, soutenues par Si H’mimi et le conseil de la zone… à notre grande joie !

Elles ont été arrêtées avec moi et Nani, lors d’une opération de l’ennemi, fin février 1957. Gloire à elles et à leur combat !

C’est dire que dans le mouvement lancé le 1er Novembre on ne « faisait » pas « de l’affrontement armé la seule lutte et en dépréciant toutes les autres »…      

2-. La réorganisation décidée par la Soummam a permis à notre jeune armée de résister héroïquement même au formidable « rouleau compresseur » du plan Challe, déployé – du 6 février 1959 au 6 avril 1961 – après que les wilayas ont été quasi hermétiquement isolées de l’extérieur par le barrage miné et électrifié dressé sur les frontières est et ouest du pays.

L’échec de l’armée de reconquête a été reconnu dès décembre 1959 par de Gaulle lui-même, dans son ordre du jour à ses officiers (Cf. en annexe) au cours d’une de ses « tournées des popotes » ; qu’il conclut par cette idée : malgré des forces et des moyens sans commune mesure avec ceux des « rebelles », nous ne pouvons les vaincre,. La solution est dans l’autodétermination des Algériens !

Une résistance comme celle dont il a admis l’impossibilité de la vaincre n’en était-elle pas une, d’autodétermination ? Mais, là-bas, au GPRA – Krim compris –, on défend, « faute de solution militaire, […] la nécessité d’un compromis »[3] !…

La question qui fait problème n’est pas dans la nécessité ou non du compromis. Elle est dans où situer le compromis : hors du champ politique français, c'est-à-dire hors du système colonial, dans le cadre international, comme l’a posé la Proclamation de Novembre ; ou dans le cadre de la loi française, le seul horizon, culturel et politique, possible pour les forces et partis du mouvement national d’avant Novembre.

3-. C’est cette ALN invincible qui a fait avorter le projet politique de l’« Algérie algérienne » concocté par de Gaulle avant même que le plan Challe n’ait été complètement déployé ; et c’est pour la promotion de cette initiative qu’il a organisé sa tournée de décembre 1960. L’ALN – sous la direction de Si Mohamed – lui a préparé, avec le magnifique peuple de la Capitale, l’inoubliable « réception » du 11 décembre[4], de façon telle qu’il a préféré rejoindre son « Hexagone » sans demander son reste ni passer par l’étape algéroise…

Là, est tombé au champ d’honneur de cette bataille politique en plein « Belcourt », un des jeunes officiers de la wilaya, Si Zoubir, Boualem Rochaï. Il était parmi les militants armés qui avaient,

 

[1]. Un baroudeur qui était là avant que ne s’éclaire pour lui qui, du FLN ou de Messali, dirigeait la lutte. Celui qui allait devenir le Professeur Bensalem (Médecine) en a fait un portrait attachant dans son livre-souvenir de sa participation au service de santé après notre arrestation, Voyez nos armes, voyez nos médecins, (ENAL, 1984).

[2]. Maspéro, 1959 ; rééd. ANEP, 2000.

[3]. M. Harbi, Le FLN, mirage et réalité, éd. Jeune Afrique, p. 286.

[4]. Qui s’est continuée à travers le pays par des manifestations aussi significatives…

depuis quelques mois, réinsufflé l’âme révolutionnaire de feue la « Zone autonome » à la Capitale et sa grande banlieue, réorganisées comme région 6 de la wilaya 4 ; réorganisation ratifiée, je le précise, par le président Benkhedda et le CNRA (décembre 1959). Nombre de valeureux compagnons de Si Zoubir dans ce glorieux épisode sont encore vivants…

De Gaulle a compris qu’il n’y avait "rien à gratter" avec l’ALN, d'autant qu’il a bien enregistré la réponse de Si Mohamed à la question du sort de l’ALN et de ses djounoud qui devaient, selon l’Élysée, déposer leurs armes dans le poste ou la caserne les plus proches… : « ça, personne ne l’acceptera ! » avait-il fermement soutenu. C’était lors de la réception à l’Élysée, en pleine guerre, de la direction de la wilaya 4 (Si Salah et ses deux adjoints, Si Lakhdar et Si Mohamed), dans le cadre de ce qu’on a appelé le « dossier Tilsitt » ou « affaire Si Salah ».

L’armée de reconquête croyait tenir là sa victoire dans cette équipée de dirigeants de wilaya venus, à l’insu de Tunis, s’enquérir des conditions de la paix à Paris… Mais son chef, de Gaulle, plus circonspect et plus sensible aux changements mondiaux qui donnent leur force aux « rebelles », préfère rester en contact avec le ventre mou du FLN, avec sa représentation politique, là-bas à Tunis… où ses informateurs patentés ou militants (journalistes, politiciens, etc.) lui permettent de savoir appuyer là où il y a du répondant… Là où, « faute d’une victoire militaire », on reconnaît la « nécessité d’un compromis »…

4-. Toujours est-il que c’est cette même ALN de la wilaya 4 – parce qu’elle est installée dans la Capitale – qui est la première à être directement confrontée avec le point politique sans doute le plus sensible des accords que le GPRA venait de signer, et que le CNRA (réuni en congrès à Tripoli) a adopté, sans parvenir à l’unanimité…

La direction de la wilaya a tôt fait de mettre en échec, après le cessez-le-feu, l’accord ridicule et incompréhensible – pour elle – qui a donné à l’Exécutif provisoire la tâche de créer l’armée de la future Algérie devant résulter du référendum d’« autodétermination ».

Cela devait se faire à partir des soldats du contingent indigène incorporés dans l’armée française. Cette armée devait remplacer à la fois l'armée française et l'ALN, qui n'auraient plus eu le droit d'effectuer des missions opérationnelles. Fixée en vertu des accords d'Évian, la tâche de la responsabilité du maintien de l'ordre sous l’Exécutif était donc de remplacer – subrepticement, sous le couvert du « provisoire »[1] comme l’était l’Exécutif lui-même ? – l’ALN à qui n’aurait été laissé d’autre choix que de déposer les armes dans les casernes françaises de l’Exécutif.

La direction de l’ALN de la wilaya 4, installée publiquement comme autorité politique après le cessez-le-feu dans la Capitale (de sa zone 6), souffle cette « armée », comme on soufflerait une bougie. Elle appelle à déserter les conscrits algériens incorporés dans ladite « force locale », et à se présenter à elle avec leurs armes et leurs tenues militaires en échange de quoi on leur donne une tenue civile et un petit pécule pour rejoindre leurs foyers…

Et pour pallier l’échec signé par la désertion massive de ces soldats, les historiens idéologues de la colonisation ont créé le terme de « marsiens » pour faire croire que ce sont ces déserteurs qui, en tant que soldats de la dernière heure, ont permis de « remplumer » les rangs de l'ALN de la wilaya « décimés » par Challe… Mais la wilaya dépouille ladite force locale pour équiper nombre de ses prisonniers de l’ALN libérés par le cessez-le-feu…

5-. C’est encore cette même ALN de la wilaya 4 qui, en faisant échouer un plan bien ficelé, va éviter au pays une grave dérive, qui aurait pu se muer en guerre civile à l’indépendance.

En effet, brouillé avec les chefs politiques de l’Aln de l’extérieur, le Gpra n’a pas de force militaire pour asseoir son autorité et faire respecter les accords signés avec la France. Aussi

 

[1]. M. Harbi note, p. 294-295, que « dans sa quasi-totalité, l’encadrement de l’armée est hostile à l’existence d’une force de l’ordre pendant la période transitoire, uniquement par crainte de la voir devenir l’embryon de la future armée nationale ». Crainte très justifiée, je pense, car alors cette armée n’aurait rien eu de national, mais serait, comme les « armées » des ex colonies africaines, cliente de l’armée française qui aurait veillé sur sa constitution…

pense-t-il se faire précéder par des "officiers de réserve"[1] pour prendre les rênes de la Wilaya 4 dont ils avaient fait partie de la direction avant de se retirer à Tunis.

C’est là une opération « trouble » rapporte M. Harbi, qui précise en note (p. 291) que « leur acheminement a été assuré avec la complicité d’éléments français et algériens liés à des appareils au service du général de Gaulle. » 

Cela n’a pas échappé à la direction de la wilaya : elle ressent le danger de l’entreprise comme volonté de mettre politiquement l’ALN au service d’un GPRA devenu un des groupes en lutte pour le pouvoir à l’extérieur, et que le pouvoir français y a quelque intérêt. Elle refuse net la visée de ces prétendants, et défend la Capitale contre leurs menées visant à y recréer une néo « zone autonome », sous prétexte de lutter contre l’OAS et sa politique terroriste, alors qu’ils dirigent plutôt leurs coups contre les forces de la wilaya 4.

Les chefs de la wilaya voient dans cette entreprise une conjuration car elle bénéficie d’armes de guerre, dont une partie est saisie lors de barrages de contrôle ; de plus, elle s’appuie sur des militants dévoyés par Yacef Saadi qui s’en prennent aux djounoud de l’ALN, et couverts par les ex-officiers dépêchés de Tunis… Elle profite également d’une fausse couverture politique du GPRA qui, en cautionnant la remise en cause frauduleuse de la création de la zone 6 de la wilaya, avec l’approbation du CNRA, transforme cette instance dirigeante en outil de complot.

Le président Benkhedda, apostrophé par le colonel Hassan sur ce sujet, baragouine, mal à l’aise, une explication qui ne tient pas la route… mais le mal était fait, aggravant la crise.

La jeune équipe qui défend la wilaya contre ces empiètements indus liés à des plans étrangers à l’esprit du combat auquel ses membres se sont associés, ne cherche pas à préserver un pré carré pour arracher sa part dans cette course au pouvoir.

Leur chef, le colonel Hassan, ne rêve que de reprendre ses études interrompues en 1956[2] quand il a décidé de rejoindre le combat des hommes de Novembre.

Mais Si Hassan se sent le devoir d’aider à dépasser la crise en préservant l’espace de la wilaya et la Capitale, un espace où les armes n’ont pas à parler, un lieu pacifique où on peut régler par l’échange politique les problèmes de direction du pays enfin libéré. Alger est déclarée ville ouverte, appartenant à tous les acteurs de la Révolution. Il ne s’est pas opposé à l’entrée du GPRA, malgré le contentieux qu’ils lui ont opposé… ni d'ailleurs, un peu plus tard, à celle de Benbella et de son BP…

De Rabat, Benbella demande à le voir. Il n’hésite pas à se déplacer vers lui, accompagné du sage Mohand Oulhadj. Il le trouve avec ses compagnons et leur souhaite la bienvenue, mais en précisant les conditions... c’est alors qu’il entend Mohamed Khider proférer : « Nous prendrons le pouvoir quel qu’en soit le prix. Même s’il faut encore verser du sang… » Benbella ne pipe mot devant cet écart de langage…  

Si Hassan tente d’établir les conditions d’une reprise de Tripoli. Il est par monts et par vaux, à Zemmouri, à Lasnam, réunissant les chefs des wilayas de l’intérieur, cherchant à les faire parler d’une même voix malgré les contradictions qui les clivent…

Se constituent alors deux groupes : celui de Tlemcen et celui de Tizi Ouzou qui semblent décidés de cohabiter… bientôt sur la base d’un accord noué entre eux début août 1962…

Mais voilà que Khider, pour je ne me rappelle plus quel motif, ordonne aux troupes de l’ALN des frontières de marcher sur Alger. La logique qui a amené Si Hassan à refuser que l’ALN de la wilaya

 

[1]. M. Harbi (Le FLN, mirage et réalité, Op . cit., p. 291) en donne la liste suivante : « Le colonel Sadek Dehilès, les commandants Omar Oussedik et Azzeddine, les capitaines Moussa Charef et Ali Lounici, le lieutenant Boualem Oussedik ».

[2]. Condisciples et amis depuis 1954, nous avons décidés tous deux de rejoindre le maquis. Un heureux hasard a voulu que nous soyons encore vivants en 1962. J’avais refait ma 1ère année de Médecine à ma sortie de prison en 1961, et je l’incitai à reprendre ses études. Malgré ses responsabilités politico-militaires, nous avons repris ensemble la préparation de l’examen de reprise et il a réussi. Il sera médecin au bout du cursus…    

4 serve le GPRA (maintenant regroupé à Tizi), le pousse à s’opposer à l’entrée dans la wilaya de cette ALN venue avec le groupe de Tlemcen…

Et c’est le drame… qui fait sortir le peuple dans la rue aux cris de « sebâa snin babakat ! »

Nous sommes donc ici devant deux ALN que les conditions de la guerre ont séparées et dont les chefs s’opposent manu militari… Sans compter que même les hommes de Novembre encore vivants sont rentrés désunis et participent à aggraver la crise, ce qui fait paraître indirectement le GPRA comme un moindre mal…

Cela semble donner raison au raccourci qui veut demander des comptes à l’armée d’aujourd'hui d’être porteuse d’une « tare » induite par la façon de faire des hommes de l’OS qui ont lancé les petits groupes armés de Novembre…

En réalité, derrière cette compétition pour le pouvoir, dans cette atmosphère de division des chefs de l’ALN, se cache une intelligente lutte politique pour disqualifier l’instrument – l’armée – qui permet de donner à la fraîche indépendance un contenu réel ; c’est le seul moyen qui puisse desserrer les contraintes des accords d’Évian inscrits dans le cadre de la loi colonialiste, pour situer les relations entre nos deux pays indépendants dans le champ de la loi internationale…  

6-. Car bien évidemment, pour défendre une politique, il faut disposer d’une force militaire, et ce n’est pas là sacrifier au « paradigme de la lutte armée » :

a)- C’était, d’une part, l’ALN pendant la guerre que l’ennemi a essayé en vain de vaincre… parce qu’elle est, en principe et en vertu de la Proclamation de Novembre, l’outil de « la seule émancipation possible », selon le mot de F. Abbas, la garante d’un véritable compromis de rupture avec le système colonial.

- Preuve en est qu’à l’extérieur, les chefs politiques de l’ALN aux frontières ne cautionnent pas l’approbation des accords d’Évian par le CNRA, dont ils sont membres : même minoritaires, ils ne peuvent accepter que la montagne accouche d’une petite souris ; et ils affirment qu’ils continueront à lutter pour transformer ce résultat jusqu’à le rendre, avec l’aide du peuple, digne non seulement des immenses sacrifices qu’il a consentis, mais de l’œuvre grandiose à laquelle ces sacrifices ont mené : celui de faire échec au « crime parfait », selon encore le mot de F. Abbas, commis dans les colonies de peuplement, de le faire avorter en Algérie ;

- Preuve en est aussi qu’à l’intérieur, la seule direction de wilaya de l’ALN qui ne se soit pas divisée dans cette crise, celle de la wilaya 4, a pu rendre obsolète la force locale à laquelle elle a été directement confrontée, comme évoqué plus haut…

b)- Mais cela a été, d’autre part, cette force locale, ne l’oublions pas, quand Évian s’est conclu par la reconnaissance de « l'indépendance de l'Algérie […] sans dérogation aux principes de la souveraineté française »[1] ; la fameuse armée que le pouvoir colonisateur a prévue, avec son vis-à-vis, le FLN, pour défendre ce compromis

Edward Saïd fait, à ce propos, l’analyse suivante : « … contrairement aux futurs résistants à l’impérialisme (pour lesquels le thème clef est la libération), il appartient à une catégorie d’individus qui, tout en se battant pour leur communauté, essaient de se trouver personnellement une place dans le cadre culturel qu’ils partagent avec l’Occident. C’est à ces élites aux commandes des mouvements d’indépendance nationale que la puissance coloniale va transférer l’autorité : Mountbatten à Nehru, de Gaulle au FLN. De cette "collaboration antagonique", précise E. Saïd, relèvent des formes très différentes de dépendance culturelle… »[2]

Sans l’énergique coup de frottoir de la direction de la wilaya 4 qui a fait place nette en matière d’armée de « transition », l’Algérie « décolonisée » n’aurait-elle pas été dirigée vers une voie de garage dans une des cases de la fameuse Communauté imaginée par de Gaulle, institutionnellement amarrée à la République française, sous la houlette de la « foccartienne Françafrique » ?

 

[1]. Le FLN, mirage et réalité, Op. cit., p. 292.

[2]. Culture et impérialisme, APIC, 2010, p. 368

 

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Il ne restait plus alors qu’à travailler à disqualifier l’ALN comme danger pour la « démocratie »…

7-. Mais l’évolution des choses ne s’est pas arrêtée là L’ALN s’est transformée en Armée Nationale populaire (ANP) – « héritière de l’ALN », selon la formule officielle – dans la coalition qui s’installe à la tête du pays sous la direction du président Benbella. Elle est sous l’autorité du ministre de la Défense, H. Boumédiène.

Elle a intégré dans ses rangs nombre d’officiers de l’ALN de l’intérieur… qui ont du mal à accepter les règles de discipline militaire que son ministre et chef a entrepris de lui inculquer pour en faire une armée moderne. D'autant qu’il s’est appuyé pour cela sur d’anciens officiers indigènes de l’armée française qui avaient déserté pour rejoindre l’ALN, les fameux « DAF » (déserteurs de l’armée française). Il disait vouloir séparer le politique du militaire… Un moment phare dans cette politique : ce qu’on a appelé « l’affaire Chaabani ».

Cet ancien chef de la wilaya 6 était à ce moment membre du BP et colonel chef d’une région militaire. Il s’est rebellé contre la direction de l’armée et s’est barricadé dans sa région. Il a été condamné à mort et exécuté…

Benbella est réticent envers cette politique : nombre de moudjahidine de ses amis qui avaient rejoint l’ANP sont l’objet de mesures disciplinaires, et il doit intervenir pour arrondir les angles.

Quant à Si Hassan, intégré au BP, il fait de l’opposition pour faire exister « l’intérieur » !  

Autres points d’achoppement entre le ministre de la Défense et le Président :

. la présence, comme conseiller, au cabinet de ce dernier, de Pablo (Michel Raptis), de la IVe Internationale. Boumédiène n’accepte pas l’influence idéologico-politique d’une organisation étrangère sur la politique du pays, à ce niveau, comme ne faisant pas partie de la tradition politique du FLN ;

. il en est de même du rapprochement avec Alger Républicain, le journal du PCA[1], pour en faire, par sa fusion avec Le Peuple, journal du FLN, le nouveau journal du pouvoir, sous le titre historique d’El Moudjahid

M. Harbi fait alors, à la tête de Révolution africaine, partie de ce courant-appareil qui donne au pouvoir de Benbella son aura de progressisme de gauche…

Sans doute Benbella veut-il montrer par là que son socialisme est plus authentique que celui du FFS de Aït Ahmed ou du PRS de Boudiaf. Et il renforce ce choix par les décrets de Mars

Et sans doute également compte-t-il rétablir l’autorité des officiers moudjahidine dans l’ANP et pense-t-il, pour cela, à mettre au pas ou même à démettre cet officier qui n’est sorti de son statut de minoritaire dans l’ex CNRA que grâce à lui qui l’a incorporé dans son BP…

Boumédiène, non dupe de ces possibles développements, pose en priorité la tâche de libération des contraintes que l’indépendance concédée a imposées, et donc l’exigence  de préparer l’armée capable d’y répondre.

Et pour ce, il précède les événements et dépose Benbella, accusé d’abus de pouvoir personnel, le 19 juin 1965, en faisant cautionner son coup d’État par les derniers responsables des wilayas de l’intérieur qu’il réunit avec lui en « Conseil de la Révolution »…

Tout ce qui se situe au pôle du « progrès » et de la « démocratie » se mobilise contre lui et lui restera opposé jusqu’à sa mort… Le PCA, puis le PAGS forment l’élément moteur de ce pôle.

Là, oui, on semble en plein « paradigme de la lutte armée. »

Cependant, Boumédiène peut alors poursuivre la modernisation de l’ANP… … qui réagira au quart de tour pour faire échec au coup d’État de Zbiri du 12 décembre 1967… 

 

[1]. On connaît le traitement drastique opposé par Mostefa Benboulaïd à la prétention du PCA à codiriger la Révolution. Son représentant dans les Aurès, Laïd Lamrani a payé de sa vie cette prétention, alors que, pour les actions du 1er Novembre 1954, le même Benboulaïd a enrôlé le groupe communiste de M’chounèche pour faire le coup de feu annonçant cette Révolution.  

Déjà les premières promotions de jeunes officiers sortent des écoles de formation mises en place. Et c’est devant l’une de ces promotions que Boumédiène fait état de la nécessité de se tenir prêt et vigilant en vue de prochaines joutes avec l’ex colonisateur…

Quelques mois après commence une des négociations les plus dures à l’issue de laquelle, faute de répondant de la part du vis-à-vis, Boumédiène nationalise 51 % des investissements pétroliers français… et désigne Sonatrach (SH) pour gérer les intérêts nouvellement acquis… Cela donne de la consistance aux premières activités de SH et à la mesure de création du dinar algérien, le 1er avril 1964, signant la sortie de la zone franc.

L’Algérie investit ces acquis dans son développement économique, scientifique et culturel… Elle va bientôt exporter des cadres pétroliers, devenir « la Mecque des révolutionnaires », selon le mot d’Amilcar Cabral, se mettant à la pointe du combat libérateur du continent africain ; ses cadres militaires participent, par deux fois, à la guerre contre l’agresseur israélien en Orient arabe, et son ministre des AE va exclure, de l’AG de l’ONU, le régime d’apartheid d’Afrique du Sud ; son Président va prendre la tête des Non-alignés pour la promotion d’un nouvel ordre économique mondial…

Mais un mal opportuniste va stopper net son envol… et l’emporter, fin 1978 !  

8-. La disparition tragique du chef politique et promoteur de l’ANP moderne crée une situation inédite.

.- Le parti du FLN, libéré de « l’appareil » qui le corsetait, confirme par un congrès pléthorique le choix du « conseil de sécurité » porté sur le futur président pour un mandat de « continuité ».

Mais, les « DAF », eux aussi libérés de leur chef et tuteur dans l’ANP, s’affirment dans un nouveau congrès du parti, comme la force politique dirigeante. Un coup d’État ! affirme le général Rahal.

C’est en tout cas la première fois, depuis Novembre 1954 que le courant qui tient du « réformisme » arrive à prendre franchement le dessus dans le mouvement de libération, sous la direction des chefs de l’armée…

…en se donnant comme chair quasiment l’ensemble des militants nationalistes, moudjahidine compris[1]. Même avec le projet de force locale on n’espérait pas tant !

En fait de continuité, le nouveau pouvoir décide de tout chambouler : son programme ? Phagocyter les réalisations du « boumédiènisme » en en cassant la cohérence et la base matérielle, et donner un autre sens à l’intérêt national. Même Sonatrach dont on ne peut dire qu’elle est « un tas de ferraille », comme on le dit pour l’industrie, est saucissonnée en une multitude d’entités… L’économie ne continue de fonctionner que grâce à la dynamique de lancée des entreprises… jusqu’à la crise prévisible.

L’autoritarisme politique a pour symboles, d'une part, « l’article 120 », dont le pôle « démocratique » et « progressiste » – qui approuve le « redressement » ! – appelle a lutter pour son « application positive » ! et d'autre part, un code de la famille dont la société a encore du mal à se relever…

Au plan international une amitié est scellée entre le président algérien et Mitterrand, au nom de quoi, notamment, l’Algérie laisse la place libre à la France en Afrique… comme exemple de « collaboration antagonique », ainsi que noté plus haut.

Tout cela ne tarde pas à entraîner la crise, grave, qui éclate en 1988… Et là apparaît le second élément inédit de la situation.

.- La formation lancée par Boumédiène, les écoles militaires du Caire, Moscou et Paris aidant, donne ses premiers fruits. Liamine Zeroual est l’un d’eux. Il a déjà un parcours prestigieux.

Cet ancien de l’ALN, qu’il a rejointe en 1957, à 16 ans, en wilaya 1, est promu général en cette année de crise (1988) et… s’oppose à la dangereuse politique de son ministre de la Défense. Le

 

[1]. Si Hassan est en résidence surveillée au Sud, et certains responsables de l’ex wilaya 4 sont en prison, des suites de l’affaire Zbiri où avait trempé le commandant Bouregâa, à leur insu, jetant la suspicion sur eux…

Novembre et le « paradigme de la lutte armée. ». Par Abdelalim Medjaoui

Président l’éloigne en le nommant ambassadeur en Roumanie… poste dont il se démet rapidement pour marquer son opposition à l’état déplorable de la politique de son nouveau département ministériel…    

Il se retire chez lui à Batna… mais, en 1993, la crise ayant atteint un degré intolérable[1], on fait appel à lui pour diriger la Défense nationale à la place de celui à qui il s’était opposé… L. Zeroual doit trouver « une solution consensuelle à la crise » avec les islamistes. Il est désigné par une conférence nationale, le 30 janvier 1994, « président de l'État », pour une période de transition de trois ans.

La pression interventionniste extérieure (contrat de Rome, Sant’Egidio) dénonçant une mainmise militaire sur l’État, le mène – lui, le général – à organiser une présidentielle anticipée (1995), le premier scrutin pluraliste dans le pays.

L. Zeroual montre ainsi son souci de se démarquer des militaires usurpant un pouvoir qui ne doit rien aux urnes.

Le peuple l’élit haut la main et sans conteste (61,3 % des voix), président de la République…

Mais ceux qu’il est arrivé à déloger des hautes sphères de l’État qu’ils occupaient par le fait du prince, se sont repliés sur les services de sécurité pour continuer à diriger politiquement le pays avec lui ou dans son dos. Il annonce alors, le 11 septembre 1998 – écourtant un mandat prévu pour durer jusqu’à novembre 2000 –, la tenue d'une élection présidentielle anticipée pour 1999, à laquelle il déclare ne pas se présenter…

.- Il revient à un autre général de s’attaquer à cette question du pouvoir politique indu des services de sécurité. Ahmed-Gaïd Salah, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est un alter ego de L. Zeroual. Lui aussi est issu de la formation évoquée plus haut (Le Caire, Moscou, Paris).

Lui aussi, aurésien d’origine, rejoint l’ALN à l'âge de 17 ans, dans la wilaya 2… Il est promu Général-Major le 5 juillet 1993 et Commandant des Forces Terrestres en 1994. Depuis le 11 Septembre 2013, il est vice-ministre de la Défense Nationale, Chef d'État-Major de l'ANP. Il contribue à former et équiper l’ANP moderne, qui a à son actif l’éclatant succès de la défense de la base gazière de Tiguentourine (In Amenas) contre l’attaque terroriste qui l’a visée en janvier 2013. Depuis, le terrorisme se l’est tenu pour dit, mais l’ALN continue de monter la garde…

À ses différents postes de responsabilité, il assiste, impuissant, aux agissements des services qui ont désigné le successeur de L. Zeroual. Il a compté sur ce nouveau président dont il a été promu vice-ministre, et sur sa volonté affirmée de ne pas vouloir être « ¾ de président », pour tarir les sources du pouvoir indu. Mais malheureusement, la maladie fait que cet espoir n’a pas abouti…

Mais qui avait intérêt à pousser à postuler pour un 5e mandat au nom du président malade ? Certainement ceux qui étaient forts de leur maîtrise des leviers de la toile d’araignée tissée autour de lui au cours des 3e et 4e, dont, évidemment, les responsables des services…

… qui, en même temps, jouant au gendarme et au voleur, veillaient à ce que soit entretenue une protestation organisée contre ce mandat supplémentaire…  

Toujours est-il que, dès que la candidature a été officialisée, un rejet populaire massif s’est exprimé dans la rue à travers le « hirak »… C’est alors que l’ANP prend sur elle, par son chef, vice-ministre de la Défense nationale, de soutenir cette volonté populaire et le « hirak » qui la porte.

L’ANP était restée jusque-là muette, parce qu’il n’est pas constitutionnellement de son ressort d’intervenir politiquement tant que le Président, ministre de la Défense est en poste.

La remise en cause populaire du Président-candidat à un 5e mandat rejaillit sur l’autorité du ministre qu’il était, et oblige le Vice-ministre à prendre ses responsabilités constitutionnelles. Il entame alors une campagne politique et pédagogique multidimensionnelle, menée à partir

 

[1]. Qui fait se poser des questions sur la marge de manœuvre du pouvoir national dans la gestion de cette crise : on se rappelle l’injonction de Mitterrand pour « reprendre le processus électoral », et l’on reste ébahi devant la légèreté avec laquelle les services de sécurité ont traité la question de la protection du président Boudiaf dont la venue pour une solution « historique » de la crise n’a pas été accueillie favorablement par tout le monde, chez nous et ailleurs.   

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des régions et écoles militaires à travers le pays, dont il inspecte sans répit les programmes de préparation à la protection du pays. Il éclaire politiquement ces missions en partageant avec les chefs et les djounoud les soucis qu’il se fait et les espoirs qu’il nourrit, avec ses compagnons de l’état-major, pour l’Algérie en cette période très sensible. La diffusion de ses interventions politico-stratégiques à travers les médias partage cette éducation-information avec le peuple :

-. Évoquant l’histoire, Novembre et même l’OS, il explique que relevant d’une telle généalogie, l’ANP reste fidèle à la ligne des pionniers de la lutte de libération[1] et au sang versé des chouhada, et ne peut donc pas ne pas soutenir la colère du peuple contre les usurpateurs du pouvoir et des richesses du pays… Aussi, salue-t-il le « hirak » comme une chance en tant que facteur de redressement de la situation marquée par le non-droit et la corruption dans les hautes sphères politiques… Et c’est fort de cette appui populaire qu’il appelle la justice, libérée du carcan présidentiel, à prendre ses responsabilités dans la lutte anti-corruption, et la police judiciaire à présenter devant les juges les dossiers qu’elle a vainement accumulés jusque-là contre les corrompus… Et c’est comme un monstrueux furoncle défigurant le visage du pays que l’on viderait salutairement de sa sanie !  

-. Ahmed Gaïd Salah donne l’ordre aux services de sécurité et forces de l’ordre de protéger le « hirak » et, instruit des conséquences tragiques que cela pourrait avoir, il insiste que, malgré les difficultés de la tâche, pas une goutte de sang ne soit versée…

…de la part des forces de l’ordre, qui, si elles doivent réprimer les fauteurs de troubles, y compris les agents stipendiés des ONG étrangères interventionnistes, doivent le faire dans la légalité la plus absolue et dans le respect des droits du citoyen et des droits de l’homme ;

…et que la vigilance la plus extrême soit déployée pour empêcher que d’éventuels « snipers », étrangers ou même nationaux puissent créer l’irréparable en ciblant « hirak » et forces de l’ordre, comme cela s’est déjà passé ailleurs ; 

…et l’on a remarqué que la fermeté pédagogique a fait vite reculer les signes et agissements vicieux (emblème du poing fermé d’« Otpor », distribution de bonbons et fleurs aux forces de l’ordre, …) qui figurent dans le « Que faire ? » ou le « FAQ » des faiseurs de « printemps coloré » qui ont voulu égayer les couleurs de notre « hirak » qui leur a paru trop fade par sa tenue « silmiya » exemplaire…

-. Et soucieux de sauvegarder l’acquis démocratique du président L. Zeroual, Ahmed Gaïd Salah déploie des trésors de patiente pédagogie pour lier le rejet de la candidature du président sortant à la nécessité de sauvegarder le droit constitutionnel du peuple à élire son remplaçant.

Dans ce sens, il encourage le « hirak » à dégager de son sein les instruments pour tenir des élections à la crédibilité indiscutable. Une Commission nationale réellement indépendante est mise en place. Il est alors solennellement et officiellement affirmé que l’État, y compris ses forces armées, n’aura aucune interférence dans la préparation, la tenue et la proclamation des résultats du scrutin. Une page historique est tournée dans ce domaine…

-. Il ne perd pas des yeux les habitués du pouvoir usurpé. La mise hors circuit du président sortant les a privés d’une couverture politique essentielle.

Dès lors, ils se lancent dans une aventure pour tenter de sauvegarder leurs positions, mais cela s’avère être un complot qui n’échappe pas à la vigilance des services de sécurité de l’ANP : et il est assez grave pour que le tribunal militaire les condamne lourdement… Cela semble sonner le glas pour le pouvoir indu…

Par ailleurs, tout le monde a relevé le froncement de sourcil de notre Général-major en direction de ces diplomates qui, se croyant en « Françafrique », se sont surpassés dans leur leurs gesticulations zélées pour soutenir notre « hirak » ! Il leur a rappelé que si l’ANP est bien équipée et préparée, ce n’est pas pour frapper son peuple, mais l’ennemi quel qu’il soit…

Abdelalim Medjaoui.

 

[1]. Lors de sa première visite officielle en Algérie, en mai 1990, Mandela a rappelé son stage effectué dans les rangs de l’ALN, et reconnu que « c’est l’armée algérienne qui a fait de moi un homme ».    

Annexe.

OJ du général de Gaulle à ses collaborateurs (26-12-1959)

« Nous employons en Algérie 500 000 hommes au service d’ordre armé.

Les  rebelles emploient au maximum 30 ou 40 000 hommes à l’insurrection armée.

Nous appuyons nos forces de moyens matériels écrasants par rapport à ceux de la rébellion (aviation, hélicoptères, camions, armements, concours de la marine…).

En qualité militaire, nos cadres, nos états-majors, notre commandement sont incomparablement mieux formés que les malheureux analphabètes de l’insurrection.

Nous dépensons chaque année 1 000 milliards en Algérie sous toutes sortes de formes pour la lutte en Algérie. Le FLN dépense environ 30 milliards.

Par le combat, les exécutions sommaires, les exécutions légales, nous tuons dix fois plus d’adversaires que ceux-ci ne nous tuent de musulmans (de toutes espèces) ou de Français. Nous détenons dans les camps et les prisons 80 000 adversaires tandis que le FLN n’en détient pour ainsi dire pas. La crainte est dans notre âme beaucoup plus que celle des fellaghas.

Nos moyens de propagande : radio, journaux, affiches, tracts, argent, écoles, secours sanitaires, centres de formation…, sont d’une puissance beaucoup plus grande que celle des moyens FLN.

Notre influence et notre action diplomatiques sont hors de toute proportion avec celles du GPRA, etc., etc., etc. Et cependant, malgré toutes les affirmations, promesses et illusions, l’ensemble de la population musulmane n’a pas du tout «basculé» de notre côté, ni en Algérie, ni dans la métropole, ni à l’étranger.

A en croire les rêveurs ou les fumistes, il suffirait d’être les plus forts pour que les Musulmans nous rallient. Quelles forces supplémentaires nous faudrait-il donc pour qu’ils le fassent !

Il est parfaitement vrai que notre écrasante supériorité militaire finit par réduire la plus grande partie des bandes. Mais moralement et politiquement, c’est moins que jamais vers nous que se tournent les Musulmans algériens.

Prétendre qu’ils sont Français, ou qu’ils veulent l’être, c’est une épouvantable dérision.

Se bercer de l’idée que la solution politique c’est l’intégration ou la francisation, qui ne sont et ne peuvent être que notre domination par la force – ce que les gens d’Alger et nombre de bons militaires appellent «l’Algérie française» – c’est une lamentable sottise.

Or, étant donné l’état réel des esprits musulmans et celui de tous les peuples de la terre, étant donné les 150 000 hommes morts en combattant contre nous en Algérie, etc., il est tout simplement fou de croire que notre domination forcée ait quelque avenir que ce soit. »

Signé : le général de Gaulle, 26 décembre 1959. (rédigé à Tlemcen sous forme manuscrite, lors de la « tournée des popotes » de fin 1959). 

(in J.R. Tournoux, Jamais dit, Plon, pp. 207-208).

 

 

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