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bouhamidimohamed

Djawad Rostom Touati parle de son deuxième roman et du Hirak..

24 Octobre 2019 , Rédigé par bouhamidi mohamed Publié dans #-Algérie, #-Armée, #-Politique, #Hirak


 

. Entretien réalisé par le journal La Cité

 

En plein révolution du sourire, la contre-révolution a tout fait pour diviser les Algériens sur la base ethnique mais en vain. Est-il un ultime signe que les Algériens seront unis à jamais et personne ne pourra les diviser ?

 

La mobilisation contre la caste a certes unifié, momentanément, le peuple algérien, car c’était en tant que peuple qu’il lui fallait s’opposer à elle. Le plus gros de la caste étant démantelé, l’égrégore – c’est-à-dire ce grand moment de communion ou l’on parle à l’unisson – a cédé la place aux anciennes appartenances, chaque groupe reprenant la partition qu’il avait l’habitude de jouer, et ses refrains coutumiers. On a pu voir ainsi des escarmouches entre les chantres de « plus de néolibéralisme pour sauver le néolibéralisme » et les défenseurs d’un état national social et solidaire (dont je fais partie) ; mais aussi – hélas – de faux débats sur la base de faux clivages, avec des invectives à coups de « zouaves » d’un côté et de « mouches », « zetchi », etc., de l’autre. Au sein même des marches, on a pu observer des frictions entre partisans de la « faucille » (el-mendjel) et détracteurs. Le mouvement a eu cependant le mérite de clore le bec aux séparatistes, qui sont les plus grands perdants de cette mobilisation : la plupart des Algériens ont compris que dans la jungle actuelle, seul un état fort à l’intégrité territoriale inviolable pouvait garantir la paix et la souveraineté du peuple. Même les chantres du fédéralisme n’osent plus pousser leur antienne pour l’instant, et préfèrent sans doute la garder au frigo pour les moments de « déception » et de recul de la conscience nationale, qui est certes revenue au premier plan depuis le 22 février.

 

- Il y a ceux qui disent que la rue algérienne est devenue une université à ciel ouvert, que pensez-vous ?

Les premiers mois de la mobilisation ont effectivement permis aux Algériens de différents horizons sociaux et culturels de se rencontrer et de débattre. Mais avec le retour de la polarisation – notamment autour de la figure du chef de l’Etat-Major – les débats se sont envenimés, et les rencontres ne se font plus qu’entre partisans du même bord, lesquels ne font que se conforter mutuellement dans leurs positions, sans les confronter aux visions d’autres compatriotes aux perspectives différentesRésultat de recherche d'images pour "photos hirak"

 

 

- Le pouvoir a utilisé pour la première fois la force afin d’empêcher une marche des étudiants. Pourquoi selon vous ce changement brusque dans la politique du pouvoir ?

 

Je pense qu’après le recul de la mobilisation, dans lequel les groupuscules de la révolution colorée ont vu l’opportunité de cornaquer le mouvement populaire, et le noyautage avéré des milieux étudiants par les activistes de la NED et de l’UE (dont certains notoires), l’ANP a tenté de se prémunir contre toute escalade du mouvement de protestation vers un scénario ukrainien, avec un Maïdan local comme détonateur. Le bouclage de la capitale participe de cette logique, avec le spectre de milices « importées » d’autres wilayas pour à la fois faire masse et se fondre en elle, en vue de confrontations avec les forces de l’ordre. 

 

- Le pouvoir crie à chaque fois à l’ingérence étrangère mais on se demande pourquoi on ratifie des conventions internationales pour crier à chaque fois à l'intervention étrangère dès qu'on nous demande de respecter ce qu'on a signé ?

 

J’ignore exactement à quelles conventions vous faites allusion, mais s’il s’agit de celles régissant les activités des ONG il est clair qu’elles sont à revoir, tout comme chaque convention qui engage notre souveraineté, et notamment l’accord scélérat d’association avec l’UE, ainsi que le fond « commun » d’investissement algéro-français, qui est l’alternative au franc CFA afin de permettre à la caste de nous faire payer le tribut néocolonial en échange de l’abri offert pour ses comptes offshores et sa progéniture. De façon générale, il est tout à fait légitime d’abroger sans conditions tout ce que la caste a signé en vue de ses seules privilèges ou pour complaire à ses maîtres, c’était même le principal propos de la mobilisation populaire : la reconquête de notre Etat, de notre souveraineté et de nous-mêmes en tant que peuple maître de son destin.

 

- Pourquoi selon vous le pouvoir s’empresse à faire passer la loi sur les hydrocarbures ?

 

  Le mot « pouvoir » ne désigne pas une entité homogène. Il y a sans doute des restes de l’oligarchie qui cherchent à faire passer le projet cher aux Américains avant les élections, car un président légitimement élu pourrait être moins enclin à ce genre de complaisance, surtout s’il se présente comme le continuateur de la reconquête de la souveraineté et de l’assainissement des appareils de l’Etat.

 

- Les élections du 12 décembre auront-elles lieu selon votre lecture des événements ?

 

   Je pense qu'il y a une large frange de la population, issue des milieux ruraux et des couches populaires traditionnellement attachés à l'ANP, qui adhère au projet des élections, même s'il subsiste des interrogations et une méfiance envers la transparence de celles-ci. Entre ceux qui soutiennent traditionnellement l'ANP et ceux pour qui la situation géopolitique commande d'asseoir un Etat fonctionnel avec ses institutions et ses appareils, cela fait un corps électoral susceptible d'assurer la réussite du scrutin et de donner une légitimité au président élu. L'essentiel est que cette élection permette au peuple de continuer sa lutte dans des conditions de moindre péril pour l'Etat national, l'unité de l'Algérie, la cohésion de son peuple et plus de garanties pour les libertés et les luttes pour la justice sociale.

 

- Avez-vous des projets d’écriture ?

 

Le second volet de la trilogie « le Culte du ça », un roman intitulé « La Civilisation de l’ersatz », va paraître chez les éditions Apic à l’occasion du SILA. L’écriture du troisième volet (« Misère de la littérature ») est en cours, ainsi que d’un roman qui évoque la mobilisation populaire du 22 février à travers les yeux d’une troupe de théâtre. Il se pourrait qu’après cela, je me tourne effectivement vers le théâtre.

 

 

Source : La Cité : numéro 1707 du 24 octobre 2019

 


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