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La culture encore. Dialogue avec un lecteur sur la philosophie et la culture.

26 Février 2018 , Rédigé par bouhamidi mohamed Publié dans #Algérie

La culture encore. Dialogue avec un lecteur sur la philosophie et la culture.

La culture encore. Dialogue avec un lecteur sur la philosophie et la culture.

par Bouhamidi Mohamed

In Le Soir d’Algérie du 29 novembre 2004.

Réaction d'un lecteur à la chronique d'hier sur la culture : "Il nous aurait fallu un ministre capable de réfléchir sur la culture et d'en porter une philosophie”. Erreur. Et même erreur naïve. Les ministres qui se sont succédé à la tête du secteur depuis quelque temps ont eu d’une part des missions officielles, déclarées et écrites dans des décrets et une mission réelle : celle d'empêcher toute réflexion sur la culture. Il ne s'agit pas bien sûr d'un complot d'arrière-bar entre responsables au sommet mais d'une réaction instinctive.

Car réfléchir sur la culture revient d'abord à réfléchir sur sa société, ses mécanismes de représentation et de reproduction, sur ses besoins. Ce qui revient à dire que porter une philosophie de la culture revient à croire ou à penser que la société reste un souci majeur des dirigeants. Ou encore, autrement dit, que le citoyen est au cœur, au centre des préoccupations du pouvoir. Croyez-vous que le système fonctionne sur cette logique ou sur celle de sa perpétuation? La logique de sa légitimation? Il y a un accord général des dirigeants et du pouvoir pour laisser la culture en l'état. Pour les historiens de la culture et pour les connaisseurs, l'ensemble de nos institutions culturelles officielles et l'ensemble des notions culturelles qu'elles agitent ou proclament copient celles que nous a laissées le Gouvernement Général de la colonie. Pas celles de la France. Celles de la colonie. Car pendant que les structures du Gouvernement Général réduisaient la culture au patrimoine matériel et immatériel et aux différents arts, en France les sciences, les savoirs et les techniques, les industries de l'art et de la culture, le marché des arts et de la lecture constituaient déjà la partie la plus lourde dans sa conception de la culture. Comment pouvez-vous imaginer qu'aucun ministre, qu'aucun président, qu'aucun chef de parti avec tous leurs voyages à l'étranger n'ont dit : " Pourquoi ne créerait-on pas un musée de la faune marine ou un musée des bateaux où on montrerait le chebek ?" Car laisser la culture en l'état aide à perpétuer l'ordre social et idéologique ancien, les réflexes tribalistes, l'esprit de la rente qui nous vient du makhzen ottoman, etc. L'innovation culturelle par sa fonction d'accoucheuse de l'individu et du citoyen est hautement subversive pour le pouvoir. Autant que l'intelligence. Les chamailleries autour du peu d'argent octroyé à la culture ne servent qu'à nous cacher l'accord profond entre décideurs du système de nier les besoins culturels pour mieux étouffer les besoins de la société. Et c'est le rôle réel de ce ministère de la Culture. Le reste n'est que du théâtre.

M. B

Source : http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2004/11/29/article.php?sid=16224&cid=3

 

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