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La crainte sourde. Sur une grève d’enseignants en mars 2006.

27 Février 2018 , Rédigé par bouhamidi mohamed Publié dans #Algérie

La crainte sourde. Sur une grève d’enseignants en mars 2006.

La crainte sourde. Sur une grève d’enseignants en mars 2006.

Par Mohamed Bouhamidi.

In Le Soir d’Algérie du 15 mars 2006.

 

Cette femme est restée au pays malgré la peur, les nuits de terreur, le ventre noué sur le chemin de l’école. Tout pouvait y arriver : une bombe sur le chemin comme celle que les élèves ont découverte de justesse, l’enlèvement en pleine classe d’une professeure, les menaces sur les filles qui ne portaient pas le hidjab. On peut tout lui raconter sur la tragédie nationale mais une chose ne lui rentrera pas dans le crâne : la bombe placée sur le chemin des élèves.

Quel idéal, islamique ou pas, peut justifier le meurtre d’enfants comme celui des scouts à Mostaganem et surtout comment oublier la mort, couleur de cire, sur les visages encore tendres de ces enfants ou d’autres enfants tués ailleurs ? Le temps a passé depuis. Avec la paie misérable d’enseignante qu’elle reçoit et avec un peu d’oubli, elle a regardé la première grève des enseignants, celle de 2005. En 2006, elle a fait grève. Tous ses collègues aussi. Ils avaient constitué une section syndicale. Les enseignants parlaient enfin d’autres choses que de la noirceur des jours. La grève a sonné inconsciemment pour eux la fin des années terribles. Ils revenaient à la vie. Petit à petit. Peu à peu, ils se sont construit une identité nouvelle : celle d’enseignants avec toute la fraternité, la solidarité, la lutte commune pour des droits d’enseignants. Elle a, bien sûr, tiqué en lisant que les libérés allaient recevoir des indemnités, des aides, des prêts. Mais tenez vous bien : sa réaction la plus profonde a été de demander et de se demander si elle pourrait faire la prochaine grève. Tout est là ! Absolument tout. L’instinct que ces libérés vont reprendre leurs activités et leurs pratiques d’interdiction politiques et culturelles. La crainte sourde du retour aux années terribles et le sentiment que cette reconquête de la vie sociale soit annihilée, détruite, pulvérisée par ces libérés. Que ces libérations tétanisent les forces syndicales naissantes. Elle a peut-être tort et peut-être que la naissance d’une conscience syndicale est irréversible. Mais l’instinct n’est jamais gratuit et jamais totalement faux.

M. B.

Source : http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2006/03/15/article.php?sid=35608&cid=3

 

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