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bouhamidimohamed

La vieille rengaine

1 Novembre 2015 Publié dans #libération nationale - luttes idéologiques.

(Sur l’immoralité de la lutte des peuples)

par Mohamed Bouhamidi

Publié dans Le Soir d'Algérie le 04 - 02 - 2008

Est-ce vraiment nouveau d'entendre ou de lire des créateurs et des artistes juger de la lutte des peuples au nom des valeurs universelles et regretter que des combats aussi nobles dans leurs principes utilisent des méthodes aussi condamnables que la mort infligée à des civils, par principe innocents ? Non, ce n'est pas nouveau ! Comme n'est pas nouvelle cette position confortable de parler à partir d'une thèse, «votre combat est entaché par ses atrocités», que le film, le roman, ou toute autre création va chercher à démontrer sans payer le prix de la preuve auquel sont astreints historiens et universitaires.

Évidemment, la liberté de ces créateurs n'est pas discutable et leur censure totalement inacceptable. Mais s'ils nous renvoient à leur liberté de création ils ne peuvent soustraire leurs thèses au débat. Commençons d'abord par régler cette question des atrocités car elles servent depuis si longtemps le but de jeter le discrédit sur ces luttes. Déjà au XIXe siècle, les Anglais ont voulu discréditer la révolte des Cipayes (ces supplétifs indiens enrôlés par l'armée anglaise) au nom des bavures commises comme si les luttes des colonisés pouvaient être des luttes civilisées, comme si nous aurions dû attendre que notre peuple ait fréquenté les universités pour s'engager dans le combat. Mais cette question a déjà été réglée par la réponse de K. Marx à la propagande anglaise sur les Cipayes et cette réponse garde toute sa validité aujourd'hui. Lisez cet extrait d'un des huit articles qu'il a consacrés à cette révolte dans le New York Daily Tribune en 1857 : «Les outrages commis par les Cipayes en Inde sont réellement épouvantables, affreux, indicibles — comme ceux qu'on ne s'attend à voir que dans les guerres de mutineries, de nationalités, de races, et par-dessus tout de religion ; en un mot comme ceux que la respectable Angleterre avait coutume d'applaudir lorsqu'ils étaient perpétrés par les Vendéens contre les «Bleus», par les guérilleros espagnols contre les Français infidèles, par les Serbes contre leurs voisins allemands et hongrois, par les Croates contre les rebelles viennois, par la garde mobile de Cavaignac ou les décembristes de Bonaparte contre les fils et les filles de la France prolétarienne. Aussi infâme que soit la conduite des Cipayes, elle n'est que le reflet, sous une forme concentrée, de la propre conduite de l'Angleterre en Inde, non seulement durant la formation de son empire d'Orient mais même durant les dix dernières années de son long règne. Pour caractériser ce règne, il suffit de dire que la torture forma une institution organique de sa politique. Il y a dans l'histoire humaine quelque chose qui ressemble au châtiment ; et c'est une règle du châtiment historique que son instrument soit forgé non par les opprimés mais l'oppresseur lui-même. »

http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2008/02/04/article.php?sid=64048&cid=3

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