Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
bouhamidimohamed

Le général Nezzar, Saïd Bouteflika, Crisis Group, le Financial Times et l’oratrice du vendredi

29 Avril 2019 , Rédigé par bouhamidi mohamed Publié dans #-Algérie, #-Politique, #-Armée

Le général Nezzar, Saïd Bouteflika, Crisis Group, le Financial Times et l’oratrice du vendredi

 

 

La lettre du général Nezzar

Nous tous, simples citoyens, avons eu certainement beaucoup de difficultés à analyser les propos de Nezzar (1). Pourquoi avoir dévoilé maintenant les échanges qu'il a eus avec Saïd Bouteflika, en formulant cette importante remarque : « Pour l’histoire, j’aimerais apporter un témoignage pour dire jusqu’où était décidé à aller cet homme qui ne voulait pas comprendre, qui ne voulait pas imaginer, que le rideau était définitivement tombé... »

Il informe que sa lettre ouverte est bien un témoignage et donc une pièce à verser dans le procès que fera l'histoire aux hommes qui ont mené l'Algérie à cette orgie de corruption, de passe-droits, de violations du droit et des normes; cette appropriation morbide d'un pays et d'un État.

Mais sa lettre paraît après deux événements dont l'expression est manifeste dans ladite lettre. Elles n'ont pas de lien direct explicitement fort.

 

Il s'agit premièrement des procès projetés contre les janviéristes, qui nous ramènent au discours de la fameuse oratrice qui a attaqué Nezzar puis l'armée, en général, comme responsables des victimes de la décennie noire. Et comme seuls responsables de la violence de cette période.  C’est bien un réquisitoire à charge contre l'ANP.


   Il s’agit deuxièmement des allégations de Nicolas Beau à propos de son fils.

Le témoignage de Nezzar est énoncé au milieu de ces deux développements. Il pouvait l’être à part, et ainsi inséré dans un contexte, il délivre non seulement un message mais aussi une analyse.

L’oratrice de vendredi ne vise pas Nezzar mais toute l’armée et le général rappelle opportunément que ses déboires suisses ne le visaient pas individuellement mais comme ministre de la défense et clé pour atteindre l’armée algérienne dans son éthique.

Sa culpabilité confirmée aurait déteint sur toute la hiérarchie militaire et mené à une épuration via les tribunaux étrangers.

Nezzar a publiquement alerté l’ANP qu’elle devenait ou allait devenir une cible des réseaux liés à la NDI et autres Otpor et que les attaques contre les actes de ses responsables vont atteindre l’armée.
En appelle-t-il à une solidarité de corps ou à une vigilance quand à une manœuvre bien étudiée ? Bien étudiée, cela est possible. De plus en plus d’articles désignent l’armée comme obstacle à « la sortie de crise ». L’ANP, effectivement se dresse en rempart contre le passage non sécurisé à la prochaine étape de concrétisation des demandes populaires.

Les attaques contre l’armée sont d’évidence une décantation à l’intérieur du Hirak. Les réseaux NDI, NED et ONG sont pressés de conclure une période de transition sans contenu, limitée à la mise en place de la « démocratie représentative » qui satisferait le besoin des gens de croire qu’ils agissent sur l’économique et le social par simple aliénation/délégation de leur volonté et de leur pensée à un élu, incontrôlable entre deux élections.

 

Le Crisis Group et le Financial Times

Le général Nezzar, Saïd Bouteflika, Crisis Group, le Financial Times et l’oratrice du vendredi

 

 

Le Crisis Group et le Financial Times

Mais l’attaque contre l’armée n’est pas survenue seulement de l’oratrice, des slogans anti-Gaïd Salah ou de messages personnels divers.
Le Crisis Group vient d’avertir l’opinion mondiale, dans une analyse toute fraîche, que le régime, entendez l’armée, bloque la solution de la crise en n’empruntant pas la voie d’un dialogue avec les représentants du mouvement et ne négociant pas son retrait, voire son retrait sécurisé : « 
à travers cette discussion, l’avancement vers la satisfaction des principales demandes des protestataires, telles que décrites plus haut, tout en garantissant au régime qu’il ne sera pas la cible de représailles l’acculant à une impasse. ». (1)

Conseils partagés entre l’ANP et les relais pour trouver au plus vite la solution espérée par les « démocratiseurs ». Plus les protestations se prolongent, plus elles vont décanter les positions des uns et des autres, celles des droits-de-l’hommistes attachés aux abstractions de la démocratie formelle et représentative et celles du peuple qui s’attachent à un contenu national indépendantiste et souverainiste.

Dans cette courte période de transition politique concrète l’ANP, en rejoignant le peuple, a dressé un mur de défense de notre Etat national. Si jamais elle s’était écartée du peuple, nous en serions déjà dans les revendications d’autonomisme assumées ou à peine déguisées en fédéralisme. Transition politique, car concrètement elle a lieu, dans un contenu social et politique indéniable par le départ de Bouteflika et l’affaiblissement relatifs des liens qui nous ligotaient à l’étranger, à l’instar des Fonds d’investissement communs signés avec la France. Pendant cette période l’oligarchie a beaucoup perdu, ses relais dans les institutions financières se découvrent, leurs méthodes de prédation aussi. Où est l’époque des oligarques qui  désignaient les ministres, dictaient les décisions de l’Etat etc. Le peuple sait bien que seule la partie visible de l’iceberg a été en partie touchée, pas toute. Il a bien raison de demander plus, plus d’assainissement de la vie publique, des institutions financières et des administrations.
Crisis Group chargé de nous globaliser et nous de mettre dans les cases de la démocratie aéroportée a bien raison de s’inquiéter des retards dans l’application de son plan et surtout de cette alliance peuple-armée qui, si elle perdure, va devenir une alliance avec un contenu populaire, anticolonial et anti-impérialiste. Tout processus de changement affecté d’un contenu social et économique lié au peuple et au territoire est, aujourd’hui, un contenu anti-impérialiste à un degré ou à un autre.

L’analyse de Crisis Group, qui n’est qu’un tissu subtil de menaces, de directives à peine codées à certains activistes du Hirak et le début de fabrication d’une image répressive de l’ANP, est concomitante d’un article du Financial Times  dans lequel est affirmée  l’identité complète entre régime et…ANP : « En Algérie, où l’armée a longtemps été au cœur du régime, il y a une large conviction que les forces armées sont motivées par la préservation du régime plutôt que par le moindre désir de démanteler un système de gouvernance en place depuis l’indépendance de la France en 1962. » (2)

 

Alerte ou plaidoirie ?

 

Le général Nezzar, Saïd Bouteflika, Crisis Group, le Financial Times et l’oratrice du vendredi

 

« Comment agir ? »

   « En l’absence de signaux clairs indiquant que le régime est en train de démanteler son propre appareil, le dangereux cycle de protestations de masse entrainant des réponses répressives suscitant à leur tour des mobilisations plus importantes va probablement se poursuivre. Les revendications des manifestants demeurent mal définies, mais semblent – du moins, pourraient – viser le départ complet de tous les caciques du régime. Dans une déclaration publiée le 18 mars, un groupe de 22 organisations de la société civile a décrit les principales étapes d’une transition, incluant le départ du président par intérim, la création d’une haute commission pour la transition, composée de personnes « ayant une autorité morale » et largement acceptée par la population, la mise en place d’un gouvernement de transition, lequel organiserait un dialogue réunissant l’ensemble des secteurs de la société ainsi que des représentants du mouvement protestataire, l’élection d’une assemblée constituante, la rédaction d’une nouvelle constitution ramenant le pays vers la légalité constitutionnelle. 

Si les organisations qui portent ces revendications ne sont pas entachées de soupçons de proximité avec le régime, elles semblent représenter principalement la classe moyenne urbaine éduquée. »

Véritable feuille de route pour ces 22 organisations dont au moins onze ont participé à la tentative de printemps arabes en 2011 (3) : pousser à la naissance d’un cycle répression-mobilisation, forcer l’armée à négocier avec eux à l’exclusion d’autres partis et organisations et donc monopoliser la représentation du Hirak et sortir des couches moyennes éduquées pour atteindre le peuple.
Le peuple : le grand mot est lâché, car c’est le petit peuple qui tient à cette alliance avec l’ANP et qui a développé les slogans souverainistes, anti américains et anti- français, brandi le drapeau palestinien, ressorti les figures de nos martyrs et de nos dirigeants du 1er novembre et qui de vendredi en vendredi tisse avec l’armée un  programme d’assainissement.

L’analyse de Crisis Group signale en clair que tant que les bases sociales du nationalisme algérien, paysannerie, monde rural et leurs liens avec l’ANP, petit peuple des villes, employés ouvriers, détachés ou non des liens avec le FLN, ne sont pas accrochées par les illusions de la démocratie formelle et représentative, la mission de « printanisation «  de l’Algérie ne marchera pas comme souhaitée. Leurs experts doivent scruter tous les signes centrifuges qui peuvent se manifester ici ou là.


Car le peuple veut aller bien plus loin que l’ANP en matière d’assainissement et restera le principal obstacle à la « globalisation démocratique ».

Ceux qui n’ont pas compris la nécessité d’un programme concret de la libération nationale et du développement autocentrée et en alliance avec un monde multipolaire naissant, sont largement intoxiqués par les « idéologies du progrès ». Ils ne voient pas que le contenu concret de cette mobilisation est un flux nouveau de notre longue lutte pour la libération nationale. Elle est un nouvel épisode dans la même tâche historique de révolution nationale. La juger à partir du point de vue « supérieur » de la « révolution sociale » c’est s’aveugler sur la nouveauté de cette deuxième phase, qu’elle porte en elle, le prolongement de classe dans la lutte anti-impérialiste. Non pas d’une lutte contre une classe dominante abstraitement définie comme bourgeoisie mais contre la classe concrète qui nous a replacés sous domination néocoloniale, la classe concrète de l’oligarchie dont le nom scientifiquement approprié est celui de caste, et contre les oligarques concrets qui sont les agents concrets des Macron, Sarkosy, Hollande ou Bush-Obama-Trump. La lutte concrète des classes se déroulent entre et contre les figures concrètes du moment historique concret.

   L’isolement théorique, en réalité dogmatique, au sens de scolastique, se traduit par le vertueux isolement d’une lucidité du futur à construire contre les promesses du présent.  C’est tellement dur finalement à comprendre, que pour les peuples des ex-colonies comme pour les peuples des colonies la révolution sociale est tout entière enveloppée dans les objectifs de la révolution nationale.

Par ailleurs, la base sociale du FLN semble paralysée. Durant cette période. L’UGTA  a accompli sa mission de gel des capacités de mobilisation de ces travailleurs qui auraient apporté une précieuse contribution. Mais pour le « printemps » le temps presse. Si jamais cette masse de travailleurs et d’ouvriers  retrouve sa voie vers l’organisation, tout le florilège des abstractions démocratiques prendrait l’eau.

Mais alors que faire ?

Le général Nezzar, Saïd Bouteflika, Crisis Group, le Financial Times et l’oratrice du vendredi

D’un point de vue stratégique, il n’y a pas d’autre voie pour la survie de notre pays et notre Etat que l’alliance stratégique avec l’ANP. C’est alors l’ANP = ligne rouge.

Mais nous devons non seulement le comprendre mais aussi le dire dans les slogans. La fin de l’égrégore est inéluctable et proche. A défaut de savoir quoi faire de notre victoire, défendons la contre la printanisation et aux printanisateurs il faut dire : « Fakou ! »

D’un point de vue tout aussi stratégique continuer notre mobilisation mais avec des mots d'ordre et des slogans plus clairs pour le départ de tous les « B » qui restent avec l’exigence de l’assainissement judiciaire pour démanteler les rouages cachés du pouvoir oligarchique.

Du point de vue politique, il faut accepter l’idée que nous sommes une société diverse qui ne être représentée par le nouveau parti unique des ONG. Le pluralisme de notre société doit se retrouver dans une pluralité partisane. Mais aussi dans une pluralité de courants et de partis. Mais l’urgence est la construction/ reconstruction d’un parti des travailleurs, des pauvres, des démunis avec l’aide des porteurs d’utopies sociales.
Il nous faut enfin re-tricoter tous les liens sociaux, les solidarités, les fraternités dissoutes par quarante deux ans d’insertion dans l’économie capitaliste mondialisée et par ses idéologies individualistes.

Nezzar vient de porter un témoignage précieux et une alerte que nous devrions lire au plus loin possible de notre intelligence. Désormais entre  l’oratrice « quituequiste », le Crisis Group et le Financial Times nous savons que nous avons gagné l’ANP à notre cause d’indépendance, de souveraineté, de développement autocentré, de construction d’un Etat social contrôlé démocratiquement par le peuple.

M.B 

 

  1. https://algeriepart.com/2019/04/29/document-inedit-khaled-nezzar-revele-les-contenus-de-ces-discussions-avec-said-bouteflika/
  2. https://www.facebook.com/mmmellal/videos/10218961821533933/

 

3- https://www.crisisgroup.org/fr/middle-east-north-africa/north-africa/algeria/b068-post-bouteflika-algeria-growing-protests-signs-repression?fbclid=IwAR2FFM-aCg-2jqbWJLAV599AHQ6EqQjSWJYxXraI19lpFqrZR1pA5LcCRA0

 

4-https://www.tsa-algerie.com/larmee-ralentit-la-transition-vers-la-democratie-en-algerie-estime-le-financial-times/

5-Néanmoins, le « printemps » n’a pas eu prise sur la population algérienne à cause, probablement, de la mémoire douloureuse d’une certaine décennie noire et sanglante qui a endeuillé toute la nation.  Pourtant, les acteurs de la révolte ont été à l’œuvre.

La contestation du gouvernement en place a été organisée par la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD), regroupant divers partis politiques, ONG et syndicats. Parmi les signataires de la première mouture du CNCD (elle s’est divisée par la suite), on trouve la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH), le Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique (SNAPAP), le parti « Rassemblement pour la culture et la démocratie » (RCD), le parti « Front des forces socialistes »(FFS), FodilBoumala, l’association « SOS Disparus » et le Rassemblement Actions Jeunesse (RAJ) [1]
La consultation des rapports annuels de la NED montre que la LADDH a reçu des subventions américaines en 2002[2], 2004[3], 2005[4], 2006[5] et 2010[6] (voir le tableau suivant).

 

Ligue Algérienne de Défensedes Droits de l’Homme (LADDH)

 

Année

Montant ($)

2002

20 000

2004

---

2005

20 000

2006

40 000

2010

37 000

 

Le SNAPAP, quant à lui, est en étroite relation avec le Solidarity Center (une des quatre composantes de la NED) comme cela est expliqué dans la page « Algérie » du site de cet organisme[7].

Le 4 mars 2011, en plein embryon de « printemps » algérien, la directrice du Département international du Solidarity Center, Cathy Feingold, a écrit une lettre au Président Abdelaziz Bouteflika. Elle lui a fait part de son inquiétude concernant la violence policière contre les « manifestants pacifiques » en Algérie en précisant que « nous [leSolidarity Center] notons avec une vive préoccupation que, parmi les personnes blessées récemment, figurait le dirigeant syndical M. Rachid Malaoui président du secteur public de l'union syndicale nationale autonome du personnel d'administration publique (SNAPAP) »[8].

Cathy Feingold envoya une seconde lettre au Président Bouteflika en date du 14 octobre 2011. Le nom « du militant CNCD de premier plan », M. Malaoui, y est cité trois fois[9]. Et madame Feingold semblait bien renseignée sur l’activisme politique algérien (probablement en temps réel).

De son côté, le RCD est un parti dont le président était Saïd Sadi lorsque les manifestations antigouvernementales occupaient les rues algéroises. Le nom de ce politicien a été cité dans le câble WikiLeaks 07ALGIERS1806[10], daté du 19 décembre 2007. Ce document montre que Saïd Sadi a eu des discussions politiques assez « poussées » avec l’ambassadeur américain à Alger.

Le rédacteur du câble y nota que Saïd Sadi comparait le gouvernement du président Bouteflika à « une bande de Tikrit », allusion faite à Saddam Hussein et sa région d’origine en Irak. L’ex-chef du RCD alla jusqu’à demander un « soutien extérieur » :« Sadi a averti les États-Unis des dangers à long terme de garder le silence sur ce qu'il percevait comme la détérioration de la démocratie algérienne, comme en témoignent les élections locales. De l'avis de Sadi, un soutien extérieur est essentiel à la survie de la démocratie et l'engagement productif de la jeunesse algérienne - 70 pour cent de la population - dans la vie politique et économique ».

Sur son compte Twitter, FodilBoumala, cofondateur de la CNCD, se présente comme « écrivain-journaliste, cyberactiviste, militant des droits de l'Homme, opposant politique indépendant, Fondateur de ResPublica II (ONG) sur Facebook &YouTube »[11].Ajoutons à cela que Boumala s’est fait connaître du public algérien en animant des émissions politiques à la télévision nationale algérienne.

Le 20 janvier 2012, une conférence intitulée « Le printemps arabe, un an après : révolte, ingérence et islamisme » a été organisée à Montréal[12]. En plus de ma personne, FodilBoumala et Mezri Haddad (à partir de Paris, via Skype) étaient les conférenciers invités.

Le débat a été très animé et les échanges très vifs. C’est pendant un de ces échanges que FodilBoumala déclara que, lors d’un de ses voyages aux États-Unis, il a été reçu par le président Obama en personne.Il est vrai que l’administration américaine a facilement ouvert les portes de ses plus prestigieux bureaux aux cyberactivistes arabes qui ont été reçus par des responsables de premier plan. Si l’aveu de FodilBoumala s’avère véridique, il doit être un des rares à avoir obtenu une rencontre à ce niveau d’importance.

 

 


http://bouhamidimohamed.over-blog.com/2019/04/huit-ans-apres-la-printanisation-de-l-algerie.html


.

  1.  

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article