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Ghada Karmi : « Israël/Palestine - La solution, un État ». Note de lecture par Taher Al MOUEZ

14 Mai 2022 , Rédigé par bouhamidi mohamed Publié dans #Histoire., #Palestine solidarité, #Taher Elmouez, #libération nationale - luttes idéologiques., #résistances culturelles

Israël-Palestine, la solution : un État

 Ghada Karmi : « Israël/Palestine - La solution, un État ». Note de lecture par Taher Al MOUEZ.

 

La chercheuse Ghada Karmi (Angleterre) a publié plusieurs livres en langue anglaise, dont en 2022, un livre intitulé « Israël/Palestine - La solution, un État ». La traduction française est éditée à « La Fabrique »

 

Est-il possible de mettre fin à la colonisation de peuplement, le déracinement du peuple autochtone et l’expulsion planifiée et exécutée de 75% d’un peuple (comme l'occupation de la Palestine) par des moyens pacifiques et diplomatiques ?

 

En 1993, la direction de l’OLP a fait croire qu’elle a obtenu les meilleures concessions possibles, par des négociations entre personnes civilisées ! Il faut souligner que cette "Déclaration d’intentions" - connue sous le nom de "Accords d'Oslo" – a ignoré l'essence de la question palestinienne, c'est-à-dire la nature du sionisme en tant qu'idéologie du colonialisme de peuplement (qui nie l'existence d'un peuple palestinien) et la question de réfugiés, expulsés de leur terre/patrie.

 

La question de la terre est centrale. Pendant plus d'un siècle, la lutte palestinienne tournait autour de la question de la terre / patrie. L'Organisation de libération de la Palestine a été créée, avant la deuxième occupation, c'est-à-dire avant l'agression de 1967, pour libérer la Palestine et permettre le retour des réfugiés dans leur patrie, leurs maisons et la récupération de leurs biens ...Oslo a « ignoré » ces questions fondamentales.

Après la supercherie d'une « autorité administrative » indépendante et des élections sous occupation, la réalité est devenue évidente. Ce n’est qu’à ce moment là que les critiques des « Accords d'Oslo » se sont multipliées, même de la part de ceux et celles qui ont applaudi et fait l’éloge de ces accords. L’intransigeance de l’occupant les a contraint à constater l'intensification de la colonisation, de l'expropriation de la terre et de l'eau, la démolition des bâtiments et le déplacement des autochtones pour installer de nouveaux colons. Ainsi, le nombre de colons en Cisjordanie est passé de moins de cent mille, en 1991, à plus de six cent mille, dont deux cent mille colons à Jérusalem.

 

Les autochtones (y compris les palestiniens « citoyens israeliens ») subissent diverses formes de discriminations, après vingt ans d’état de siège et de lois d’exceptions appliquées aux « arabes ». Ce n’est qu’une application concrète de l’idéologie sioniste qui nie l’existence du peuple palestinien et prône l'exclusion et de l'extermination de la population autochtone.

 

Dans le cas de la Palestine, les Palestiniens sont devenus une minorité numérique dans leur propre pays et ils sont au bas de l’échelle sociale. Aux Etats-Unis, Canada, Australie, Nouvelle Zélande, le contexte permettait d’exterminer les autochtones.

De quelle égalité parle-t-on ? Quelle égalité entre un colon protégé par une armée puissante et un colonisé privé de sa terre et des droits élémentaires ? Comment peut-on imaginer un Etat regroupant ces deux groupes (colonisateurs et colonisés) sans rendre la justice d’abord. Supposons, la possibilité de parvenir à la « solution à un État », qui dirige cet État imaginaire ? Les colons préserveront-ils la richesse et les terres qu'ils ont pillées, les maisons des réfugiés ? Quel est le sort des réfugiés, de leurs biens et comment compenser la perte de la Patrie, le chagrin de l’exil etc ? Pourrions-nous (les arabes et pas seulement les palestiniens)  pardonner, oublier  le sang de nos martyrs, victimes du colonialisme britannique et puis du sionisme. Est-il possible de gommer, tirer un trait sur l'angoisse des familles et le tourment des captifs? Que signifie, pour les colonisés, le partage de  la patrie avec les colonisateurs, dans un contexte défavorable, en étant en position de faiblesse ? Plusieurs autres questions démontrent l'absurdité et le non-sens de cette fausse solution qui, d’ailleurs, n’est pas acceptée par les colonisateurs.

 

Ghada Karmi explique dans ce livre que le projet sioniste est irréalisable, ou non viable, et que le mouvement sioniste, puis l'État créé (avec le soutien de l'impérialisme) ont provoqué l'échec de tous les projets, y compris les accords d'Oslo de 1993, d'où ce constat qu’en réalité le colonisateur s’accapare tout. De fait, c’est un seul Etat, où les habitants sont inégaux en droit et en réalité. Pour cette raison, elle croit qu'il ne reste que la solution « d’un seul Etat sur les terres de la Palestine historique, où les deux peuples vivent sur un pied d'égalité... où toute la population jouit des mêmes droits politiques et civils, ce qui est une solution impossible aujourd'hui mais qui reste la seule et unique solution souhaitée », selon ses propos.

 

En fait, les résolutions de l’ONU ( partage de la Palestine, retrait des « territoires occupés »…) et les projets dont parle Ghada Karmi sont des projets qui excluent le peuple palestinien. C’est le peuple palestinien qui les a rejetés, car l'État occupant n'a cessé de coloniser et de piller sa patrie. Le peuple palestinien a été trahi par « ses » dirigeants qui ont propagé des illusions sur une "paix juste et durable", une paix hypothétique ou chimérique, car l'histoire nous a appris que le colonialisme n'abandonne pas volontairement une terre ou une patrie qu'il a colonisée par la force. Il ne négocie que lorsque la résistance s'intensifie, dans le but d’amortir le coc de colons. Le boycott politique, économique, culturel, universitaire et sportif doit s’intensifier et s'étendre, de sorte que le prix de l'occupation devient élevé, pour que les investissements et les revenus du tourisme diminuent. La résistance et le boycott ont des conséquences économiques que les colons ne supportent pas. A

Ainsi, le nombre des nouveaux colons diminue et les anciens migrent. Or les colons sont la colonne vertébrale de la colonisation de peuplement.

 

La chercheuse Ghada Karmi explique que la solution d'un État signifie « la participation de tous à des élections démocratiques, à la création d'un parlement unique ou d'un État fédéral avec des institutions régionales et le vivre ensemble, comme cela se produit en Suisse, en Espagne, en Belgique, en Allemagne et même aux États-Unis ». Pour Jérusalem, elle s’insire du modèle de la ville de "Bruxelles où deux groupes se partagent les institutions selon des bases linguistiques », selon Ghada Karmi.

 

Ghada Karmi admet : « La présence juive sioniste en Palestine historique n'est pas une présence naturelle », et ajoute : « Mais les Palestiniens d'aujourd'hui sont obligés de coexister avec ces colons ». Elle réitère l'analogie de sa proposition (et de la proposition de tous ceux qui appellent au partage de la patrie et à la coexistence avec les colons) avec ce qui est « en pratique en Suisse, en Belgique et en Espagne », et ajoute : « Aucune solution ne peut réussir si elle n'inclut pas le retour de six millions de réfugiés ».

 

La chercheuse affirme que sa proposition « d'égalité des droits » embarrasse l'entité coloniale sioniste, qui oblige le peuple palestinien à « choisir entre accepter la colonisation ou partir », et s'appuie sur « des organisations en Israël et en Palestine qui évoluent désormais dans le sens de l'égalité droits... Désormais, la bataille Pour l'égalité des droits civils et politiques est une priorité, comme elle l'était en Afrique du Sud où la question de la division du pays en deux n'était pas à l’ordre du jour... Le mouvement anti-apartheid nous a montré le chemin..." C’est là où réside l’erreur de G. Karmi et ceux et celles qui établissent un parallèle entre la Palestine et l’Afrique du Sud.

 

Comparer la situation du peuple palestinien à celle du peuple d'Afrique du Sud est erroné, incorrect : le peuple d'Afrique du Sud est resté sur sa terre, malgré l'exploitation, l'oppression, les expulsions, l'asservissement et l'isolement dans des zones fermées. Les autochtones sont restés majoritaires, dans leur patrie, au sein de la population globale. Quant à la solution « un homme, une voix », elle est restée incomplète et ne peut être transposée ou copiée ailleurs, car la minorité de colons

Comparer la situation du peuple palestinien à celle du peuple d'Afrique du Sud est erroné, incorrect : le peuple d'Afrique du Sud est resté sur sa terre, malgré l'exploitation, l'oppression, les expulsions, l'asservissement et l'isolement dans des zones fermées. Les autochtones sont restés majoritaires, dans leur patrie, au sein de la population globale. Quant à la solution « un homme, une voix », elle est restée incomplète et ne peut être transposée ou copiée ailleurs, car la minorité de colons européens blancs a conservé ses privilèges et contrôle toujours les rouages de l'économie. La question ne se résume pas à mettre fin à la discrimination raciale « légale » (juridique, institutionnelle). Les négociations entre le pouvoir raciste et la direction de l’ANC (Congrès National Africain) a duré deux ans, en prison et à l’extérieur du pays. Elle coïncidait avec l’intensification de la campagne de boycott, avec le début de l'effondrement de l'Union soviétique. Le prix économique et politique du maintien de la ségrégation raciale est devenu élevé. Les négociations du pouvoir raciste ont abouti à des concessions importantes faites par la direction du Congrès national africain, dirigé par Nelson Mandela : les colons conservent ce qu'ils avaient spolié au peuple autochtone, et en contre partie, les colons permettant à une partie des cadres de l'African National Congress et à un petit groupe de noirs de gravir quelques échelons dans l'échelle sociale...

européens blancs a conservé ses privilèges et contrôle toujours les rouages de l'économie. La question ne se résume pas à mettre fin à la discrimination raciale « légale » (juridique, institutionnelle). Les négociations entre le pouvoir raciste et la direction de l’ANC (Congrès National Africain) a duré deux ans, en prison et à l’extérieur du pays. Elle coïncidait avec l’intensification de la campagne de boycott, avec le début de l'effondrement de l'Union soviétique. Le prix économique et politique du maintien de la ségrégation raciale est devenu élevé. Les négociations du pouvoir raciste ont abouti à des concessions importantes faites par la direction du Congrès national africain, dirigé par Nelson Mandela : les colons conservent ce qu'ils avaient spolié au peuple autochtone, et en contre partie, les colons permettant à une partie des cadres de l'African National Congress et à un petit groupe de noirs de gravir quelques échelons dans l'échelle sociale...

 

Malgré les inconvénients de la solution qui a été trouvée en Afrique du Sud, elle ne s'applique pas à la situation de la Palestine, où la majorité de la population vit en dehors de sa patrie et où il reste peu de terres à la disposition des palestiniens. Aucune force coloniale (et encore moins une colonisation de peuplement) n’accepte de concéder quoi que ce soit, sauf si elle est obligée de choisir. A ce moment là, elle choisit la solution la moins nuisible à ses intérêts. En principe, il n'est pas raisonnable que quiconque propose de partager la patrie avec l'occupant, car il s'agit d'une reddition gratuite et injustifiée. Il faudra plutôt inciter tout peuple colonisé à intensifier le rythme et les formes de résistance, à créer un rapport de force favorable et chercher des alliances à l’intérieur et à l’extérieur, pour renforcer la résistance. Le peuple palestinien a l’avantage d’être soutenu par les peuples arabes, malgré la trahison des dirigeants, en plus du soutien des progressistes du monde, malgré le blocus médiatique et politique, le soutien inconditionnel de l’impérialisme à l’entité sioniste. 

 

 

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