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Le pêcheur et le palais. Tahar Ouettar.

16 Avril 2019 , Rédigé par bouhamidi mohamed Publié dans #Notes de lecture

Le pêcheur et le palais. Tahar Ouettar.

Par Mohamed Bouhamidi.

Peut-être naïf mais assurément bon, Ali avait la passion de la pêche. Il distribuait gratuitement son poisson, et tous les membres de sa cité en avaient reçu. Ses trois frères pourtant, ses aînés firent subir toutes les injustices à leur communauté, viol et assassinats, matricide, hold-up et terreur.
Mais il était ainsi.

Il aimait tout le monde et ce que la nature offrait comme l’eau, les fruits ou le poisson  ne pouvait être vendu.

Quel grand questionnement avait poussé Ali le pêcheur à s’inquiéter du sort de Sa Majesté qui fut victime d’une agression au cours d’une partie de chasse et qui a été certainement bien secoué, voire tuée. Les versions multiples ne lui laissait que l’issue d’offrir un cadeau splendide, dans son créneau, le plus beau poisson qu’il eût jamais pêché.

Un vrai cadeau, un cadeau produit de son travail d’homme du peuple.

Il venait de rompre la loi fondamentale du royaume, loi non écrite mais règle de base dont la transgression attentait à la Majesté du roi, et la stabilité du pays : ne jamais se rapprocher du centre du pouvoir et encore moins mettre un pied dans le sérail. Il ne sied pas au peuple de franchir la distance qui doit le séparer de Sa Majesté et le palais doit rester loin du regard du peuple  et encore plus loin de sa réalité physique.
Le poisson miraculeux qu’il prêcha, sans trop savoir comment, lui communiqua que le destin l’avait envoyé de la rivière des vierges comme s’il devait l’accompagner dans une démarche inédite, une révolution des mœurs politiques, qu’un homme du peuple s’inquiète de savoir ce qui est en est du roi et lui porter le témoignage de l’amour du peuple.

Sa propre cité s’effraya de sa témérité de transgresser un ordre établi depuis si longtemps. Mais voilà sa bonté pour tous, sa bonté qui était au fond leur propre bonté, leur bonté de peuple, ne put que  dans l’angoisse profonde approuver la démarche.
Il en reçut le soutien. Comme pour tous les peuples, le soutien matériel, financier. Mais aussi, avec le temps, vint l’expression des espérances, des projets, des idées, et le temps des engagements physiques.  

Dans une écriture de conte merveilleux, Tahar Ouettar, nous raconte comment de cité en cité, par les sept cités du royaume et dans des développements dramatiques, Ali le pêcheur, rencontra les pires difficultés à joindre le palais. Il fallait franchir tant de postes de gardes, tant de distances, tan d’obstacles, mais surtout tant de masques sur sa route, tant de répressions, qu’il  en sortit, frappé, refoulé et surtout mutilé. Il reviendra vers des approches du palais mutilé des mains et de la langue, incapable d’agir et de parler et pourtant il retournera vers le palais dans l’obstination d’y porter l’amour du peuple à Sa Majesté jusqu’à la limite de ce qu’il subir : être aveuglé. Ici, dans le conte, la mort  ne pouvait être une parabole. Quand, arrivé à force d’obstination, nous dirons de luttes dans notre époque moderne, dans la salle du roi, que lui masquait encore des voiles multiples, il reconnut dans les questions qui lui était posées par Sa Majesté la voix de son frère aîné et dans les réponses les voix de ses deux autres frères.

Sa majesté n’existait mais juste  une bande de malfrats, issus de sa propre mère, avec qui il partageait le sang et l’origine, avait pris un otage le roi et gouvernait à sa place en son nom.

Le poisson miraculeux le sauva de la dernière mutilation, celle d’avoir les yeux crevés, puis la mort. Il le souleva dans une irrésistible ascension qui détruisit le palais et puisque nous sommes dans conte, l’idée même du palais et dans cette transmutation tous les citoyens devinrent rois.

Il n’avait pas  trouvé sur son chemin que des réticences populaires, des angoisses justifiées, mais aussi des ruses, des pièges, de fausses pistes et des leurres. Un peu comme cela arrive pour  toute tentative révolutionnaire.

Etait-ce bien, tout à fait une prémonition de Tahar Ouettar que tout symbole de pouvoir dissimule la captation de l’Etat par une classe, une caste, un groupe ? 

 Ce qui reste de la réalité esthétique de ce beau conte est bien une allégorie de la révolution et de l’Utopie, d’un conte écrit pour le futur.   

M.B

Le pêcheur et le palais. Tahar Ouettar. Traduction Amar Abada. ENAL/Messidor 1986. 162 pages.

 

 

      

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