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bouhamidimohamed

Abderrahim Taleb Bendiab : penser le moment, penser l’’histoire

30 Avril 2019 , Rédigé par bouhamidi mohamed Publié dans #Notes de lecture

Abderrahim  Taleb Bendiab : penser le moment, penser l’’histoire

En janvier  2016 les éditions APIC publiaient un recueil des textes de l’historien Abderrahim Taleb. Bendiab.  L’homme, personnage attachant, , moudjahed qui n’en faisait jamais état, attirait au-delà du respect de ses qualités humaines reconnues de tous, une sympathie pour sa  détermination tranquille à débrouiller le fil de notre histoire nationale qui se perdait entre causalités et déterminations économiques, sociales, culturelles, religieuses.

Nous pouvons comprendre qu’un moudjahed a eu besoin de réfléchir sa propre expérience humaine, l’expérience hors-normes des maquis et de l’incandescence de la fusion d’un peuple et de son armée de libération. La lecture de ses textes, principalement les deux premiers de ce recueil, objets de cette note, montrait pourtant une conscience inquiète que cette libération s'aliène dans une pensée historique influencée encore par le récit colonial.

Ces deux premiers textes se distinguent par l’intérêt qu’ils portent au temps long dans l’histoire et donc de l'importance  particulière de questionner les thèses fondamentales qui détermine les façons de penser l’histoire, notre histoire avant tout.
Penser notre histoire, c’est nous penser nous par nous-mêmes, or c’est bien le plus difficile de nous retrouver dans les multiples miroirs des mots, des concepts, des lignes de base.
C’est la bataille des thèses de ce qu’est une authentique écriture de l’histoire. Taleb Bendiab est obligé d’en revenir aux fondamentaux, que l’histoire n’est pas une succession d’événements, leur c
hronologie, des biographies entrecroisées au hasard de ces événements. Elle n’est pas les faits et gestes des grands hommes, ni même celle des partis et des organisations mais l’entrelacement compliqué des faits historiques. La difficulté commence bien là, celle de savoir finalement, ce qu’est un fait historique. Dans l’ensemble du recueil, le fait historique peut être une grève culminante, une protestation  éruptive mais le plus souvent des résistances sans éclat comme l’ouverture d’une école, la naissance d’un syndicat, la mutation d’une activité économique. Bref, le fait historique est celui qui affecte la vie des hommes, y introduit une mutation spectaculaire ou imperceptible mais une mutation du mode de vie, des relations sociales, des façons de produire et de communiquer.

C’est dans l’ordre des conceptions de l’histoire, une invitation de Taleb Bendiab à voir l’histoire par le bas, à la manière d’Eric Hobsbawm, ce qui n’est qu’une des manières du marxisme.
L’intérêt fondamental de cette re-lecture de Taleb-Bendiab redouble à voir comment son travail l’amène   à se battre contre l’histoire coloniale et ses thèses de base, ses mythes comme il le démontre, d’une Algérie 
Terra nullius. Comment l’amène le souci de son travail à se battre aussi contre les effets de ces mythes sur les intellectuels indigènes qui les ont assimilé comme « évidences », comme « données historiques » et non comme constructions idéologiques.

Son travail l’amène à interroger les concepts  du marxisme rapportés à la formation économique et sociale réelle et concrète de notre pays.  L’usage qu’on peut faire de ces concepts peut déformer son seulement la compréhension du passé mais aussi totalement déformer la perception du présent et donc de ses enjeux.

Pour l’heure des bouillonnements actuels, il est essentiel de relire ces deux textes sur la méthodologie historique qui appuie et conforte cette idée juste que  l’histoire se fabrique dans les soubassements de la société, là où interviennent les mutations de nos façons de vivre, toutes les façons, de celle de fabriquer notre farine ou l’importer à celle de coudre nos habits du droit ou de l’importer.
Il est nécessaire de remettre à l’ordre du jour les questions posées par Taleb Bendiab Abderrahim.

M.B

Abderrahim  Taleb Bendiab : Ecrire l’histoire, contribution à une nouvelle méthodologie de la recherche historique. APIC Editions. Alger 511 pages. Janvier 2016

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