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La révolte des saints - Ahmed Akkache -Une réponse à nos questions nationales actuelles.

2 Mai 2018 , Rédigé par bouhamidi mohamed Publié dans #Notes de lecture

Ahmed Akkache avec la moudjahida Annie Steiner.

Ahmed Akkache avec la moudjahida Annie Steiner.

 

Par Mohamed Bouhamidi. In Horizons du 02 mai 2018.

« Numides » fut notre première identité. Elle porte en elle le prestige des qualités qu’elle incarna : l’excellence équestre, le courage, l’endurance, l’aptitude au combat et un attachement farouche à la terre, à la liberté, à la solidarité tribale, le refus d’une domination sans règles des aristocraties spontanées que formaient leurs chefs. Elle était aussi bien le fruit des échanges naturels que permettait leur économie que le fruit d’un ciment qui les unisse face à la colonisation de Rome.

Ce prestige et ces qualités sont restés dans notre roman historique, notre légende, non comme valeurs en soi, mais comme message des ancêtres. Le cavalier numide qui surgit, frappe la cohorte romaine puis disparaît dans les montagnes apparaît plus comme le père direct du maquisard que son lointain aïeul.

Cette identité numide renvoie principalement  à ce caractère que nous pouvons classer comme un invariant dans notre longue histoire de résistances. Nous pouvons le classer caractère national. Reconnaître un caractère national, revient toujours, d’une façon ou d’une autre, à récuser l’idée qu’une identité régionale a pu exister et survivre sans les combats et les luttes connectés entre différentes zones de notre pays.

Mais l’identité reflète surtout, et plus haut point, un pays déjà formé à l’arrivée des romains, et qui, grâce aux surplus de son économie, a permis à différents rois numides de créer des Etats. Les luttes opposèrent les rois numides sur fond d’alliances internationales entre les deux grandes puissances de l’époque Rome et Carthage, ne récusent pas la formation de ce socle territorial, qui épouse, en gros, nos frontières actuelles et celles des royaumes berbères qui se sont constitués entre le 10ème à 1515 à l’arrivée des Ottomans.

La révolte des saints - Ahmed Akkache -Une réponse à nos questions nationales actuelles.

« La révolte des saints », roman-récit historique d’Ahmed Akkache,  montre au plus haut point qu’aux 4 ème et le 5ème siècle avant J.-C, la résistance opposée aux romains se développait sur le territoire sur lequel s’était constitué un peuple, les Numides, au cours de leurs luttes, peuple dont Tacfarinas sera certainement le plus unificateur de ses composantes. L’intérêt ce de roman-récit, se situe justement sur cette unité ou cette harmonie entre cette identité numide et ce territoire stable. C’est dans cette fusion entre une identité (Numide) et un territoire qui a donné aux Numides l’efficacité de leurs luttes. Bien que berbères, donc ethniquement ou linguistiquement frères, de l’immensité berbère qui couvrait toute l’Afrique du Nord, ils  n’ont existé à l’histoire et n’ont pu donner le coup de grâce à Rome qu’en étant l’ensemble humain qui se déterminait par ce territoire qui est depuis des millénaires le socle de notre Algérie. 

Les romains ont contrarié cette identité de toutes les façons possibles. Ils se sont appuyés sur l’aristocratie tribale naissante pour nommer ses membres à différents postes administratifs ou honorifiques lucratifs et miner ainsi la mobilisation des tribus. Ils ont fourni les plus grands efforts pour proposer un « pacte linguistique » à l’Eglise numide, celui de dire la messe en latin en contrepartie de privilèges pour les évêques. Dire la messe en latin, c’est la dire au nom de César plus qu’au nom de Dieu. L’Eglise catholique naissait à Rome dans une alliance entre une multitude chrétienne au poids politique croissant et  un Empire affaibli par ses dettes. Donat refusera le pacte qu’Augustin, récompensé par le don d’un latifundium considérable,  viendra magnifier et imposer. Quand Firmin, chef incorruptible, pourra rassembler autour de lui un masse suffisante de combattants pour menacer la présence romaine en Numidie, Rome dressera ses frères contre lui par l’argent et les honneurs factices.

La révolte des saints - Ahmed Akkache -Une réponse à nos questions nationales actuelles.

Le recours au latin pour la messe était le meilleur moyen de dissoudre cette identité active, qu’était l’identité numide. Fanon a relevé, bien plus tard et en donnant une acuité de perception que nous utilisons rarement,  qu’emprunter le langage du colonisateur est le premier pas de l’aliénation par mimétisme. Bien sûr plus le colonisé est instruit dans la langue du colon, plus le mimétisme est sophistiqué au point où le langage emprunté par l’intellectuel colonisé passe pour le sien propre. C’est ainsi pour Augustin qui passe pour un intellectuel berbère alors qu’il n’a été que l’évêque par qui a été imposé le latin dans nos églises de l’époque. Rome visait à dissoudre l’identité numide dans l’identité latine pour les élites et dans les institutions culturelles, mixer le berbère au latin ou carrément en finir avec le berbère.   Mais Rome visait aussi à dissoudre cette identité latine dans des promotions sociales, l’enrichissement de certains personnages pour lier définitivement leur sort à celui de l’Empire.   Rome a proposé à des chefs locaux de devenir rois dans des territoires limités. Toute revendication ou formulation d’identité est une revendication d’un Etat qui lui correspond. Mais l’inverse est encore plus vrai : postuler à un Etat, c’est forcément lui inventer une identité qui le justifie et lui créé le ciment qui le tiendra debout, mais cette identité est forcément factice.  Seul le chemin historique permet de créer les socles historiques. Ne sont vraies, pérennes, authentiques que les identités actives qui ont créé un peuple qui s’est fabriqué en créant, en retour, son histoire zun territoire qui porte leur empreinte. Cette identité numide forme le soubassement historique de rapport de notre culture et de notre identité au territoire et c’est bien ce vieux socle que tous les colonialismes, anciens ou nouveaux, ont essayé de dissoudre dans le cosmopolitisme ou ses déclinaisons particulières ou particularistes.  Les autres identités, arabes, berbères, musulmans etc. sont plus des identités de géographes ou d’historiens que celles de notre vécu historique.

La leçon essentielle que tirent dépitées les grandes puissances impériales du moment est précisément que leur influence et domination buttent sur les territoires des civilisations anciennes, chinoise, perse, indienne, russe, etc., celles-là mêmes que nulle domination économique, militaire et technique ne peuvent dissoudre et anéantir à jamais.

Voilà, sur l’identité, une leçon magistrale de ce roman-récit magnifique, « La révolte des saints », performance littéraire par une langue magnifique d’aisance, de fluidité, d’images et de profondeur du contenu manifeste et latent.

M.B

Source : Horizons du 02 mai 2018.

 

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