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bouhamidimohamed

America ! America ! d'Elia Kazan

7 Novembre 2016 , Rédigé par bouhamidi mohamed Publié dans #-résistances culturelles

Par Marie Noire

 

 

Elia Kazan

 

« America America est l’histoire d’un voyage. Le garçon progresse en dépit d’obstacles fantastiques, absurdes, écrasants. Il part de son village natal en Asie Mineure pour arriver dans le port de New York. L’année est 1886. L’Amérique est un rêve, une rumeur. Il connaît toutes sortes d’aventures, d’épreuves, de revers de fortune. Dans l’intérieur de la Turquie, dans le port de Constantinople (aujourd’hui Istanbul) et même sur le bateau qui fait la traversée jusqu’ici, le voyage semble impossible. La clé du personnage, c’était la ténacité, l’obstination, l’énergie. ».

Elia Kazan

 

L’histoire commence en 1886 en Turquie, plus précisément en Anatolie, où vit la famille Topouzoglou. Celle-ci appartient à la minorité grecque, qui subit, tout comme les kurdes, la répression du pouvoir politique turc

 

Suite aux massacres perpétrés par les turcs contre les kurdes, en représailles d’un attentat à Constantinople. Un ami kurde de Stavros meurt pendant ces massacres. C’est à ce moment que Stavros rêve pour la première fois de l’Amérique, vue comme une terre de liberté et d’égalité, où ces tueries injustes et inutiles n’auraient pas lieu. Commence à germer en lui le chemin de l'exil.

Tous les Américains ont d’abord été des immigrants. A ce titre, l’histoire de l’émigration vers l’Amérique peut être considérée comme un pan non négligeable de l’histoire américaine.

 

Les mesures pour contrôler le flux des immigrants vers les États-Unis ne furent mises en place qu’au moment de la guerre de 1914-18, confirmées par les lois de 1924. Les derniers membres de la famille d’Elia Kazan à émigrer arrivèrent aux États-Unis en 1913.

 

Stavros va incarner ce grec vivant en Anatolie dans des conditions misérables, à transporter de la glace de la montagne pour la vendre au village, dont le seul rêve Américain devient sa seule raison d’exister.

 

Mais qui pousse les migrants à choisir entre la migration dans leur propre pays et l’émigration, l’exil qui signifie une rupture totale avec la terre de ses ancêtres, sa culture, ses traditions ? 

La question est posée par le père de Stavros, Isaac, qui se prononce pour sa part pour la migration intérieure alors que son fils projette d’aller en Amérique.

 

Isaac, finit par se laisser convaincre par son fils qu’il vaut mieux tenter sa chance ailleurs qu’en Anatolie : il lui confie tous les biens de la famille (argent, bijoux, étoffes) et l’envoie à Constantinople pour travailler chez un cousin qui vend des tapis, avec pour but de faire venir toute la famille à Constantinople.

 

Commence la première partie du voyage pour l’Amérique, vers Constantinople et qui est déjà longue et périlleuse.

Mais Stavros se fait presque tout voler en chemin et arrive sans rien à Constantinople.

 

Constantinople était effectivement un port d’embarquement pour New York à l’époque.

 

Obsédé par l’Amérique, Stavros quitte la maison de son cousin et cumule plusieurs emplois en vue de se procurer les 110 livres turques, prix du voyage en bateau.

 

Malgré plusieurs mois de travail acharné, il n’a économisé que 7 livres turques et comprend qu’il n’arrivera à rien de cette façon. Après quelques péripéties, il finit par aboutir de nouveau chez son cousin grâce aux manœuvres duquel il parvient à épouser une fille de bonne famille Thomna, la riche héritière d’une famille grecque dont il convoite la dot pour partir en Amérique, ce qui d’ailleurs lui procure enfin l’argent du voyage.

 

Après une traversée longue et éprouvante dans des conditions inhumaines en 3ème classe, les passagers n’avaient plus qu’à passer les formalités d’immigration.

 

A partir de 1892, celles-ci se déroulent sur l’îlot d’Ellis Island, destiné aux passagers de 3ème classe, à quelques centaines de mètres de la pointe de Manhattan, où les services du Bureau fédéral de l’immigration avaient installé leur centre d’accueil.

Kazan fait allusion aux suicides auquel ont recours souvent les migrants lors de leur quête du rêve américain : Stavros retrouve un jeune garçon qu’il avait déjà croisé plusieurs fois, ce dernier a réussi à s’embarquer pour l’Amérique sur le même bateau mais, visiblement atteint de la tuberculose, il se suicide( La tuberculose faisait partie des maladies entraînant un refoulement immédiat ainsi que le trachome et la teigne)

 

Il abandonne son passeport et son contrat de travail dans ses chaussures avant de sauter par-dessus bord ; Stavros prendra son identité pour entrer en Amérique et réalisera le rêve partagé par les deux amis.

 

Arrivée à Island Ellis, véritable usine à fabrication d’américains à partir de migrants, une série de contrôle interminable attends les passagers de 3ème classe,

 

Stavros passe plus longtemps à attendre son tour qu’à répondre aux questions de l’officier de l’immigration, l’inspecteur propose un nom américanisé à Stavros.

 

Un agent de l’immigration soudoyé, renomme Stavros « Joe Arness », ultime victoire des conquérants américains : déposséder les nouveaux arrivants de leur patronyme, c’est-à-dire les détacher de leur lignée pour mieux les délester du poids de leur histoire.

Stavros se trouve un travail (cireur de chaussures) dans New york

L’exploit de l’immigré est qu’il a réussi à faire venir toute sa famille en Amérique – à l’exception de son père décédé trop vite. Le billet de cinquante dollars envoyé au pays est reçu comme un cadeau de la part du fils prodige, dont les erreurs passées sont désormais absoutes.

 

Le rêve américain a représenté une alternative fantasmée pour beaucoup de migrants fuyant l’oppression et la misère de leurs pays et dans leur poursuite du mieux dans un optimisme angélique, ils n’ont pas vu ni entrevu les limites et les obstacles de leur folle traversée vers un exil dont les turpitudes sont universelles.

 

America America ; ce triste clivage entre l’image rêvée et la réalité, entre l’homme du passé et celui du devenir.

 

« Mon nom est Elia Kazan. Grec de sang. Turc de naissance.

Americain parce que mon oncle fit un voyage. »

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